Le barman du Ritz se passe lors de l'occupation : alors que la France a faim, au Ritz on vit dans une bulle, alors qu'il est fréquenté par les dignitaires nazis et les officiers de la wehrmarcht. Frank meier, retranché derrière son bar, veille à ne rien laisser paraître, à doser exactement ses cocktails et ne pas contredire ses interlocuteurs. Meier a intérêt à faire profil bas. On pourrait sans cela s'apercevoir... qu'il est juif.
Si l'histoire est en or, le traitement qu'en fait Philippe Collin n'est pas mémorable : son histoire semble stagner, les enjeux n'évoluent jamais, et on passe cette occupation comme dans une bulle. On me dira que c'est le but, c'est pour cela qu'on a choisi comme lieu presque unique le Ritz.
Certes.
Mais dans ce cas, pourquoi se contredire, en exposant l'évolution de la situation comme on donnerait les résultats du tiercé? Le problème n'est pas tant que tout cela soit neutre, puisque cela n'affecte en rien nos personnages. Mais cette litanie de faits qui vient entrecouper la narration est tout sauf passionnante. Faut-il expliquer au lecteur chaque fait, qu'il connaît normalement suffisamment pour suivre le contexte historique sans peine?
T.C. Boyle faisait cela également dans Water music, mais c'était ramassé en début de partie, et fait avec une verve certaine. Ici, cela ne peut pas fonctionner.
Les personnages, c'est un autre problème : l'auteur semble les catégoriser pour mieux s'en débarrasser. Le défilé de personnages célèbres ressemble à un name dropping, dont l'intérêt est uniquement d'être présent afin de montrer combien minutieuse est la reconstitution. Figés comme une statue de cire, ils sont bien incapables d'évoluer et pour le lecteur ils n'existent guère.
Avec eux stagne le récit, car Philippe Collin s'avère bien incapable d'installer la moindre tension, ce qui semblait quand même l'intérêt principal de choisir un quasi huis-clôt.
Heureusement pour le lecteur, l'écriture n'est certes pas saillante, mais elle n'est pas désagréable, et l'histoire se suffit à elle-même pour faire passer un bon moment.
On referme Le Barman du Ritz avec l'impression que son synopsis est la seule chose qui restera en mémoire.
Un bon sujet, mais gâché.
Je vois qu'il s'agit du premier roman de Philippe Collin. Espérons qu'ensuite il saura tout aussi bien choisir son sujet, mais qu'il y fera montre de plus de talent de romancier.