J'ai entendu dire un jour que pour apprécier un livre il fallait accepter les règles de base du monde dans lequel l'auteur nous fait plonger, accepter le postulat sur lequel est basée l'intrigue... Et la plupart du temps, c'est vrai : pour rentrer dans une histoire, il faut qu'elle nous paraisse un minimum vraisemblable.


Ici le concept à accepter est le suivant : John, un anglais solitaire en vacances en France, rencontre par hasard son sosie français, Jean. Celui-ci emmène John boire un verre, le soule, puis prend ses affaires et disparaît. John est alors forcé de prendre la place de Jean dans son quotidien, dans sa vie, dans sa famille... qui n'y voit que du feu.


Prendre la place de quelqu'un sans que personne ne le remarque est déjà un tour de force, mais alors, en étant étranger, c'est carrément mission impossible, même bilingue (car être bilingue a ses limites). Mon cerveau logique a donc eu beaucoup de mal à accepter ce que l'auteur voulait que j'accepte pour me raconter son histoire...


Sans rire, à quelques chapitres de la fin j'étais encore en train d'espérer que John et Jean ne soient en réalité qu'une personne, atteinte de troubles psychologiques. Mais... non.


Je n'ai donc pas réussi à accepter les "règles" de ce roman et pourtant j'ai finalement beaucoup aimé. Ce n'est pas mon Daphné du Maurier préféré, mais il se défend au niveau de la psychologie des personnages.


Le récit est prenant, les divers personnages sont très bien faits (même les personnages très secondaires ont une certaine profondeur), l'ambiance est, comme toujours avec Daphné du Maurier, à tomber, et le thème du double est finalement bien travaillé, avec sa part de rivalité, de doutes et d'envie, propres aux romans traitant du sujet.


Ce livre m'a fait réfléchir sur cette histoire de "règles" à accepter. En refermant le livre, je me suis sentie bête devant mon obstination à "croire" en l'histoire. En effet, ce qui importait au final, c'était la manière dont l'intrigue se déroulait, les tensions et les secrets au sein de cette famille, le besoin de John d'essayer de sauver ce qui pouvait peut-être encore être sauvé,


et la profonde déception qu'il ressent lorsqu'au final il ne fait pas forcément mieux que celui qu'il juge et méprise.


Quelques semaines après l'avoir fini, j'en garde finalement un bon souvenir. Les images, les personnages et l'atmosphère sont encore très présents dans mon esprit, et l'enjeu psychologique et moral de l'histoire m'apparaît clairement, effaçant ainsi les difficultés que j'avais à accepter le point de départ de l'histoire.


Dorénavant je partirai du principe que si le livre est bon, on peut peut-être fermer les yeux sur l'incohérence qui lui permet d'exister. Car il me semble qu'à trop chipoter on prend le risque de tuer la créativité et de limiter les possibilités...

Avalon
7
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le 9 avr. 2018

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Avalon

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