Un roman qui m'a fasciné, et entre directement dans mon Top 10 livres.
Il faut préciser que j'apprécie particulièrement les autobiographies.
C'est le premier bouquin que je lisais de Lionel Duroy, passé maître dans le domaine de l'autofiction, qui irrigue toute son oeuvre depuis la publication de "Priez pour nous" en 1990.
Du coup je découvrais cette famille nombreuse que Duroy a si souvent décrite dans ses romans précédents. Pas de souci toutefois pour s'y retrouver dans "Le chagrin", puisque l'auteur récapitule tout depuis le début, dans ce qui constitue son livre-somme.
On traverse donc la deuxième moitié du XXème siècle depuis l'enfance du héros, en compagnie de ce père adoré - un petit escroc pathétique, mais attachant - et de cette mère honnie, odieuse et psychotique, qui tyrannise son mari et terrorise cette fratrie soudée.
Le ton est lucide et sans concessions, incroyablement cru par moment : il faut dire que Duroy est brouillé avec tous les siens depuis la publication de "Priez pour nous", considéré comme une trahison familiale.
On suit en parallèle le destin de la France, depuis la guerre d'Algérie, l'arrivée de la gauche au pouvoir jusqu'au conflit néo-calédonien, à mesure que le narrateur grandit et devient journaliste puis écrivain - le lecteur croisant ainsi des personnages publics tels que Serge July.
Lionel Duroy parvient à rendre passionnant le moindre épisode de son existence, à l'image de ses histoires d'amour ou de ses nombreux voyages, et surtout ses états d'âmes, extrêmement bien restitués, avec une minutie, une authenticité et une lucidité remarquables.
De fait, Duroy ne se fait pas de cadeaux, et d'ailleurs le personnage n'apparaît pas forcément sympathique, je l'ai trouvé parfois flippant, égocentrique ou pénible (faut dire que son background psychologique est chargé, le pauvre...).
Puis j'imagine que si chacun se livrait à un tel exercice avec une sincérité absolue, on passerait tous à un moment ou un autre pour des connards ou des barjots...