Warren Ellis n'est pas tout à fait un inconnu puisqu'il est pote de longue date avec Nick Cave.
Le but du livre est donc, au-delà de la partie autobio assez marrante, de dévoiler sa fascination-fétichisme pour tout ce qui touche à ses héros/héroïnes. En l'occurrence, Nina Simone a été paradoxalement adulée et soutenue par une bonne partie de ce que comptait l'intelligentsia occidentale pendant une quarantaine d'années...
Cela ne l'a pas empêchée de mourir seule, misérable et dans un état physique lamentable, escroquée pendant tout ce temps par des proches peu scrupuleux.
Ici on évoque la légende.
La personne est complètement effacée au profit du fétichisme engendrée par une société de consommation mondialisée et quasiment sans racines.
Il est fascinant de constater que l'auteur habite un peu partout dans le monde (Australie, Paris-France, partout aux USA, Londres, part au Danemark, etc.) et reste obnubilé toute sa vie par une personne qui est exactement son antithèse : à aucun moment dans le livre n'est évoqué la question du racisme (sauf pour dire avec une vague empathie que Nina Simone a bcp souffert dans sa vie), ni la question de l'exploitation systématique des femmes noires aux USA dans l'industrie musicale.
De cela il n'est question nulle part. Il s'agit d'un exercice purement autocentré.
Un chewing-gum ? Peu importe la futilité de l'objet. Il s'agit bien d'un fétichisme assumé.
Une émotion partagée par quasiment toutes les personnes impliquées dans ce beau projet qui pose la question qu'on se pose tous : mais que représente donc ce petit objet si insignifiant pour vous ?
Et Warren Ellis de répondre simplement, sans malice : comme dans l'art contemporain, ce n'est pas l'objet qui compte tant que celui.celle qui regarde.
Si on passe outre la partie reproduction de "l'oeuvre" d'art qu'est le chewing-gum, ce livre est passionnant de ce que cela donne à voir des artistes aujourd'hui.
Pour plus d'infos on se reportera au livre passionnant de Simon Reynolds, "Rétromania.
Comment la culture pop recycle son passé pour s’inventer un futur".