Je suis en train d’écrire un livre en ce moment. Non, d’écrire 6 livres pour être plus précis. C’est un gros travail. Surtout que j’ai un vrai job à côté de ça... Enfin, quand je dis « vrai job », je veux dire un job alimentaire quoi, mais qui me prend quand même 36h30 de ma semaine. Sans compter que j’ai aussi une vie sociale... Enfin, quand je dis « vie sociale », je veux dire que j’ai besoin de ma petite biture hebdomadaire, afin de regagner artificiellement, l’espace de quelques instants, mon état premier, l’état de ma petite enfance, temps béni où mes connexions neuronesques n’étaient pas encore terminées, où je baragouinais un verbiage bancal et abscond, où je marchais à quatre pattes en vomissant partout.
Suis je le seul à penser que c’est cet état d’insouciance originel est la raison fondamental qui pousse les Humains à se murger depuis la nuit des temps ? Bref, je digresse. Le sujet était que je vis une période très chargée de ma vie. Et qu’à force de bucher, le nez dans le guidon, je risque de peu à peu perdre mon entrain.
Entrain qui reste à mon sens nécessaire pour pouvoir accoucher d’une création potable, à défaut d’être brillante. C’est pour cette raison que j’ai décidé de prendre un peu de temps pour moi, pour m’évader, en lisant un petit roman, qui sonnerait comme une sorte de moment de détente, une sorte de cours de récré en somme et qui me permettrait de relâcher la pression. Je sais bien que Schopenhauer disait « lire ou écrire, il faut choisir », mais bon, ça se saurait s’il avait toujours raison celui-là non ?
De tous les livres qui auraient pu atterrir entre mes mains, le hasard a voulu que ce soit finalement ce Chattam étrange qui emporte la décision. Autant le dire tout de suite ; ce « Coma des Mortels » est un Chattam particulier et atypique, loin de ce que l’auteur a l’habitude de pondre... Encore que... Si sur le plan formel, c’est le cas, sur le fond de ce qui est raconté, c’est moins évident, car finalement, des ponts existent, des ponts sacrément volumineux même, mais je n’irais pas plus loin dans cette voie, de peur de divulgâcher. Disons donc simplement que ce livre est une sorte de balade hallucinée d’un homme étrange et en marge de la société, qui nous fait part de tous ses états d’âme sur l’état calamiteux de sa vie et du monde qui l’entoure.
Me connaissant, ce genre de récit, un peu auto-centré, un peu égo-tripique, ne peut que me séduire (ne suis-je pas moi même exagérément auto-centré ? Moi je pense la question, elle est vite répondue, comme disait un grand philosophe). Alors certes, d’aucun pourront trouver le récit pédant, prétentieux, voire carrément insupportable et honnêtement, je peux les comprendre... Mais bon...
Foutre Dieu, que cela fait du bien, de constater, que « non Jef, t’es pas tout seul ! », qu’il y a d’autres personnes tout aussi paumées que moi (si ce n’est bien plus !), qui ont du mal à comprendre les tenants et aboutissants de cette farce cosmique qu’on appelle la vie.
De la première à la dernière page, je me suis laissé embarquer dans cette fable burlesque et désenchantée, où les anges côtoient les démons, où le caca devient un formidable engrais pour faire pousser des réflexions philosophiques sur la légitimité de la zoophilie dans la recherche scientifique (sisis, j’vous jure) et où les rencards les plus romantiques se passent au cimetière.
T’as bien quelques trucs qui m’ont dérangé, relou que je suis. Comme beaucoup de situations et d’éléments ultra téléphonés et pas très crédibles. Un cliffhanger final qu’on voit venir de loin, pour peu qu’on ne soit pas un lapin de six semaines. Et puis, bon, le personnage principal devient un peu grotesque dans sa façon de systématiquement emballer tout ce qui bouge.
Gueule d’amour, supériorité intellectuelle de l’auteur et surtout compte en banque blindé de chez blindax avec supplément notoriété en prime... je veux bien croire que dans ces conditions, l’ami Chattam fait régulièrement face à des hordes de jeunes (et moins jeunes) femmes prêtes à lui sauter dessus au bout de deux minutes de discussions. Mais dans le vrai monde de la réalité véritable, j’ai comme un doute sur le fait qu’un factotum en charge des excréments animaliers d’un zoo, soit apte à pécho de manière automatique, toute personne de la gent féminine qui passerait à sa portée. Sans être effarouché par le principe de quelques scènes olé olé par ci par là, je trouve nez en moins que ça sent le fantasme suranné du héro d’Isekai, avec son harem de groupies et à la longue c’est un peu lourdingue... Mais nonobstant cet aspect un brin rébarbatif, j’ai vraiment bien kiffé cette lecture.
Las de poursuivre plus avant cette critique, je laisse le soin à mon lecteur de trouver la conclusion qui s'impose ici ; elle est subtilement cachée entre les lignes ;-).