Burke Devore est bien content de son métier de responsable dans l'industrie du papier. Si vous le lancez sur le sujet, il sera intarissable. Malheureusement pour lui, il a beau être très bon dans sa partie, il n'en reste pas moins que l'industrie américaine est en pleine restructuration, et son poste va faire partie de ceux qui vont sauter, quand son entreprise va être délocalisée au Canada.
Au chômage pendant deux ans, trop âgé pour être alléchant pour un employeur, quelles chances de refaire sa vie peut-il avoir?
Mais il y a la maison, sa femme, et son fils. Il lui faut de l'argent. Il envisage un instant de braquer des banques. Mais non. Ce qu'il lui faut, c'est travailler.
Et soudain, c'est l'idée de génie : s'il y a des gens qu'une entreprise embaucherait en priorité plutôt que lui, il ne doivent pas être nombreux. Il lui suffit...
... de les supprimer.
Donald Westlake signe avec Le Couperet un roman noir jubilatoire, écrit à la première personne, pour que l'on se mette dans la peau du tueur.
Tueur qui n'en est pas un, vous dira-t-il, et même il déteste ça, c'est juste qu'il n'a aucun autre choix.
Au fil des pages, nous voyons notre employé très comme il faut devenir de plus en plus inhumain. Aux minitieuses préparations des meurtres répondent les questionnements moraux : morale d'apothicaire où la fin se retrouve toujours à justifier les moyens. L'humour noir et incisif de Westlake rend parfaitement compte du personnage.
Bien sûr, c'est aussi la critique d'un patronat qui pressure ses employés pour la plus infime part de richesse. Notre "héros" sait bien que les vrais ennemis sont les patrons, mais ils sont trop nombreux et durs à atteindre. D'ailleurs, il déshumanise ses victimes en les nommant par leurs trois initiales, ce qui crée un parallèle avec PDG.
Mais Le Couperet,c'est avant tout une comédie noire jubilatoire. Plus vous avancerez dans la psyché du tueur, plus vous aurez du mal à le lâcher.
Le cinéma ne s'y est pas trompé, deux réalisateurs se sont lancés dans l'exercice de l'adaptation : Le couperet, de Costa Gavras, et plus récemment Aucun autre choix de Park Chan-Wook. Mais là où Park Chan-Wook fait le choix d'un humour grandguignolesque, le roman est beaucoup plus fin, avec son humour ciselé.