La vie d'Abdul Hamid II, le dernier sultan de l'empire ottoman, dit "le sultan rouge". Le tout raconté à la première personne. Son enfance, dans l'ombre du martial Abdulaziz. Le choc de l'arrivée au pouvoir de son frère, Murad V, qui succombe à la folie. Son arrivée au pouvoir, dans un contexte d'affaiblissement du sultanat. Les pressions incessantes du Royaume-Uni, de la Russie, de la France, de la Prusse de Guillaume II, qui se livrent au Grand Jeu, seule manière qu'est Abdul Hamid II de s'en sortir un peu. Les aventures avec une chanteuse d'opéra. Les naissances et les morts. Les complots, la difficulté à connaître la vérité dans un environnement de flatteurs. Les pertes territoriales successives (Bulgarie, Crète, Egypte, Chypre...). La dette qui court, qui court. Les disgrâces et les rappels en grâce. Les assassinats mystérieux. Les attentats de minorités, notamment kurdes et arméniennes. L'armée, qui remue. Et la destitution finale, qui se conclue sur une agonie solitaire.
Michel de Grèce part d'un point de vue original, mais pas forcément réaliste : dédouaner Abdul Hamid II de ses accusations de cruauté en en faisant une victime du pouvoir, un homme courageux mais impuissant, enfermé dans une prison dorée et soucieux de perpétuer sa dynastie. Beaucoup d'accusations qui ont été portées sur le sultan sont rejetées comme autant d'inventions de la propagande occidentale et comme des complots de l'entourage du sultan.
Le livre suit scrupuleusement la chronologie de ce pourrissement, avec un soin scrupuleux, voire un peu laborieux sur la fin (tous ces noms, tous ces renversements de situation finissent par donner le tourni). Néanmoins le format est efficace, et si l'intérêt se relâche un peu sur la fin, c'est un de ces livres que vous pouvez prendre et lire en un jour ou deux sur la plage.