En 2019, Perdre la Terre de Nathaniel Rich mettait en lumière le tournant des années 70 en matière de Réchauffement climatique. Le moment où il fut décidé d'organiser la négation d'un phénomène lourd de conséquences.


Le désert de nous même ne relate pas ce moment pour l'IA. Il prévient. Il alerte. Il dissèque avant que l'inévitable ne se produise.


A la différence de la défaite environnementale, dont la responsabilité peut trouver refuge à l'endroit d'un milieu dirigeant politico économique, le mariage avec l'IA générative, c'est l'histoire d'une responsabilité collective.


Eric Sadin porte avec brio l'aiguillon de la pensée là où ça fait mal. Le problème, quand on a lu et aimé Le désert de nous-même, c'est qu'on ne peut s'empêcher de s'ériger face à la b-IA-titude généralisée. Mais force est de constater l'empire déjà bien installé d'un usage qui libère de l'effort de lecture, d'écriture et de réflexion et réduit, si on le veut bien, des années d'étude et/ou de cheminement personnel, à néant. Je ne peux m'empêcher de constater une satisfaction avide de beaucoup de personnes autour de moi. Une satisfaction qui repose a priori sur le soulagement d'externaliser l'effort, mais aussi, et vous m'excuserez du caractère politiquement incorrect de mon propos, d'annuler l'écart objectif ou ressenti avec ceux qui semblent maitriser tous les attributs que l'IA promet de conférer.


Tristement, la promesse de l'IA est celle d'une performance individuelle, socialement située, boostée. Belle promesse donc. Mais fallacieuse bien sûr, car s'approprier la production d'un tiers à bon compte, en carton pâte, évacue la quête d'une amélioration de soi, que j'ai la faiblesse de considérer comme au coeur de notre humanité. Attention, je ne parle pas de performance là, mais de la construction, par la création, d'un rapport au monde.


Des grands mots certes, mais qui illustrent la déception d'observer au quotidien des gens intelligents me présenter des notes, des plans d'actions des images made by Chatgpt sans complexe, sans regard critique et avec une satisfaction non dissimulée. Les voir ainsi jeter à la mer leur savoir et leur savoir faire, voire leur créativité, dont ils ne mesure pas la valeur, me fait penser à une capitulation. Le succès de l'IA générative tient-il à sa promesse d'effacer l'imperfection et l'insuffisance ?


Mes amis, célébrez vos "imperfections", elles sont votre unique valeur...

Mael-San
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le 2 mai 2026

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Mael San

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