L'injonction à la nouveauté est une construction sociale. Une Histoire de la domination. Un discours visant à promouvoir le charisme des derniers arrivants. Avec finesse et érudition, Jeanne Guien tisse le fil d'une critique qui ne tombe jamais dans l'écueil réactionnaire que son sujet lui tend. Et fait remonter ce tropisme des discours marketing aux conquêtes de Christophe Colomb. Restituant une historicité à un concept qui vise justement à s'en extraire. Pour mieux montrer que tout processus d'innovation est une stratégie de déclassement social. Derrière les promesses de croissance, gît le cimetière d'un temps précarisé, accéléré, violenté par d'incessantes disruptions.
La nouveauté se conjugue toujours, paradoxalement, au passé (tel objet a été nouveau) ou au futur (cette nouveauté va se diffuser et changer votre vie). Il n'y a de nouveauté que par référence à ce que la chose a été, ou sera, après son apparition. La nouveauté est ainsi une construction, a priori (promesse) ou a posteriori (récit). D'où sa dimension rhétorique et sa dimension stratégique : écrire ce récit, c'est désigner des personnages et des narrateurs, à qui revient l'honneur de faire l'histoire, tandis que d'autres ne sont que les personnages secondaires ou les objets de cette histoire, voire n'en font pas partie du tout, sont réifiés voire annihilés par cette histoire. On a vu à quel point tenir des discours néophiles permettait d'écrire ou réécrire une histoire, celle des vainqueurs.