Dernier ouvrage de mon fournisseur officiel de littérature, à savoir la petite étagère de livres gratuits située à l’entrée du Leclerc de mon voisinage.
« Le dévoué » est le deuxième tome (qu’on peut lire indépendamment du premier) de l’histoire d’un réfugié vietnamien, fils illégitime d’un prêtre catholique et d’une paroissienne, passé par toutes les vicissitudes de l’histoire récente de son pays natal et confronté maintenant au Paris de années 80.
Le récit mèle les histoires de la pègre vietnamienne à Paris, narco traffic et prostitution à la clef, à la description de la haute bourgeoisie française de gauche et aux atermoiements du héros face à ses démons du passé. Le ton est souvent picaresque, assez drôle. Viet Thanh Nguyen écrit bien quand il s’en donne la peine et certains passages de son livre sont très réussis.
Sur la longueur on se demande néanmoins où il veut en venir. La dimension policière du récit n’est pas en cause mais elle est somme toute secondaire. Derrière sa légèreté, voir son évanescence, se profilent des réflexions sur le colonialisme et le racisme dont on devine qu’ils sont le véritable enjeu du livre.
Chez Viet thangh Nguyen deux démons se battent et se neutralisent mutuellement : un ressentiment anti colonial qui confine à une quasi-haine des blancs d’une part, et puis le constat lucide et désespéré que le mal est chez tous les hommes, indépendamment des races et cultures. En fin de compte, rien ne dérange cette cohabitation infructueuse qui ne mène à rien. Pas de porte de sortie et une réflexion en forme d’impasse donc.
Néanmoins comme Viet Thanh Nguyen est intelligent, on acceptera de l’accompagner et de partager son monde crépusculaire le temps d’un récit.