Le Diable l'emporte est un beau livre, haletant sur sa fin, voire horrifique mais qui est satisfaisant. Mais il faudra, avec difficultés, passer outre certaines marques de racisme ou de mysigonie quotidienne dans certains de ces passages. Cependant il faut aussi replacer ce livre dans son contexte : au sortir de l'après guerre. Après avoir sorti un livre pendant le régime de Vichy (Ravage), son premier succès, il fallait passer outre une certaine censure par l'expression. L'autoritarisme a été un moyen et l'expression de la valeur familiale. Finalement je pense que Barjavel aurait été un partisan de l'humour noir en notre temps, sur ces aspects.
Mais il faut aussi dire qu'on a un livre confus, où le liant est surprenant où on passe de géopolitique à la vie d'une famille semi-lambda. Toutefois le livre sait développer ce qu'il donne d'intéressant, et donne envie d'être lue.
Sans rentrer dans plus de détails, j'ai l'impression de retrouver aussi quelques ficelles de la Nuit des temps, ce qui m'a bien enchanté, et fait plaisir aussi... Comme quoi l'auteur recouvre ses problématiques dans le passé et le futur et j'aime cette consistance !
Bref, malgré quelques aspects repoussoir, et sa quatrième de couverture décalée de son récit, cela reste un récit d'anticipation surprenant et plaisant à quelques égards. Il s'emporte bien le diable, mais surtout dans l'espace terrestre et non pas à travers le temps cette fois. Mais je pense qu'il vaut mieux s'intéresser à la Nuit de temps, son chef d'oeuvre intemporel.
Je précise que Barjavel est mon auteur préféré malgré les critiques légitimes qu'on peut lui apporter mais c'est bien de connaître et comprendre le parcours d'un auteur en son temps. Il reste visionnaire par différents aspects et je m'étonne à chaque fois de quelques pépites de pensées et bonnes anticipations qu'il a eu.