A la recherche d’un livre « masculin », mes investigations m’ont conduit vers cet ouvrage d’un volume modeste mais d’un contenu extrêmement riche. Lu en quelques heures le temps d’un WE d’élection de Miss France, « Le discours » est une pépite à mettre entre toutes les mains. Si j’avais eu du talent pour l’écriture, c’est un livre comme ça que j’aurai rédigé. Il raconte les affres d’un overthinker, un de ceux qui ont lu les 4 accords toltèques sans jamais réussir à les appliquer. Tantôt hilarant, tantôt triste mais jamais ennuyant, il nous emmène dans la vie et surtout l’esprit d’un gentil looser. Adrien, un quadra moyen, ni beau ni laid, ni brillant ni bête. Quelqu’un qui avait tout mais qui, depuis que sa copine a décidé de faire une pause, n’a plus rien. Comme si elle était absolument tout pour lui. Et après tout, peut-être qu’elle l’était, ce vraiment tout. Car lui n’avait rien. Pas de feu, pas de passions, pas d’aspirations et surtout pas de paix intérieure, tellement occupé à ruminer ses actions et à dessiner mentalement des arbres de possibilités, leurs ramifications et les meilleures actions pour chacune d’entre elles. Vous savez, ces plans mentaux qui occupent tant de place mais qui ne couvrent malheureusement jamais la première bifurcation d’une conversation. C’est ce qui arrive quand on croit pouvoir jouer aux échecs en 4D alors qu’on arrive à peine à gagner une partie de morpions.
Pour revenir au récit, à travers de savoureuses anecdotes , on ressent que ce n’est pas tant sa compagne que le héros perd, c’est ce qu’elle lui apportait au début de leur relation. La spontanéité, l’espièglerie, la douceur. Tant de qualités dont se souvient avec nostalgie et humour le protagoniste principal. Mais peut-être est-ce là une imprécision de l’auteur, car tout ça il l’avait déjà perdu. Une imprécision qui m’a fait douter du récit. En effet, Adrien est lucide sur sa relation. Il l’a vue se déliter, et en bon overthinker, il a tout analysé. Il a remarqué l’évanouissement des signes d’intérêt de sa compagne. Il sait qu’il a tout fait pour être le plus accommodant possible provoquant à mesure de l’avancée de la relation, de l’habitude et un inévitable ennui chez sa partenaire. Adrien est dévasté alors qu’il n’y a plus rien à sauver depuis longtemps, sa gentillesse et son effacement ayant creusé la tombe de son couple, le « je crois qu’on devrait faire une pause » de sa copine étant simplement le dernier coup de pelle. Mais c’est là aussi une des malédictions de l’overthinker et c’est, en y repensant, certainement une volonté de l’auteur de nous la montrer. Foncer dans un mur en imaginant toute sorte de scénarios où l’obstacle dressé s’évaporerait au dernier moment évitant une collision fatale. Se créer un monde où finalement tout pourrait s’arranger alors que la réalité est tout autre. « Ce trou, c’est peut être pour les fondations d’une relation plus épanouie, plus solide ». Non Adrien, ce trou est une tombe, ni plus, ni moins.
Mais ce n’est pas tellement utile d’analyser tout ça. En réalité je refermai « le discours » sur la nomination des 12 finalistes auxquelles n’appartenait pas miss Rhône Alpes, m’a préférée, ayant passé un très bon moment, malgré une fin un peu triste et me promettant de regarder rapidement le film éponyme pour pouvoir paraitre savant en assénant un prétentieux, voire parisien : « Ouais pas mal, mais j’ai préféré le livre »