Pièce méconnue de Balzac, l'auteur choisit pour cette œuvre le monde de la spéculation, de la bourse. Sujet difficile à aborder tant le nombre de chiffres fera mal aux lecteurs. L'histoire est celle de Mercadet, un homme d'affaire, criblé de dettes, vivant à crédit, qui tente de manipuler tout le monde pour ne pas payer ses dettes et relancer ses affaires.
Malgré le style, plus proche du roman parfois que de la pièce de théâtre, il y a un intérêt réel à lire cette pièce : c'est du Molière dépassé.
Balzac ne s'en cache pas, les renvoie à l'Avare sont assumées. Ainsi Balzac se veut théâtral mais à l'ancienne façon, il se veut de la vieille école en jouant sur les questions de mariages, sur les usurpations d'identités, sur le Deus Ex Machina. L'humour est très présent ici également, un humour que Molière n'aurait pas renié.
Pour autant, Balzac ne fait pas que plagier le passé, assumant ses références, il montre également comment le monde a évolué, comment ses théories ne sont plus certaines aujourd'hui. Le décalage temporel entre les approches classiques du sujet et l'ère moderne est au cœur de la lecture. L'honneur et l'argent se mêlent et s'affrontent et Balzac révèle sa haine du capitalisme.
Une haine intelligente puisque Mercadet n'est pas présenté comme immoral mais avant tout comme intelligent, génial, mais dans un monde perverti. Les personnages sont attachants car développés, jamais superficiel. Balzac se permet une vraie profondeur pour notre plus grand plaisir.
Le bon mot, l'enchaînement et la profondeur de récit sont un régal. Le style, cependant lorgne parfois trop vers le roman ou vers le théâtre classique et pour l'effet de style, c'est le style qui se perd. On regrettera également que cette fin, très Deus ex Machina amène un acte V bien faible. Pour autant l’œuvre se lit rapidement et avec plaisir.