Que dire de ce roman ? Si prisé dans le milieu littéraire français, mais dont la lecture peut sembler rébarbative de prime abord à nombre de lecteurs, si l'on en croit les notes publiées sur le site, que je trouve cruellement basses compte-tenu de la qualité de l'oeuvre.


Au-delà de l'ambiance rurale presque onirique qui plane sur le roman et de la réflexion sur le passage à l'âge adulte, le propos du roman est extrêmement fin et bien moins convenu qu'il n'y paraît. L'épilogue est sans doute l'un des plus marquant que j'ai pu lire au sein de la littérature française. Alors que la quête de Meaulnes semble achevé et qu'un "happy" end semble assez attendu, Alain-Fournier déroute totalement en proposant un épilogue où le narrateur se montre profondément amer envers son ami.


J'ai pu lire par endroits sur les critiques que les personnages n'étaient pas assez caractérisés. Pour moi, rien n'est plus faux. Le personnage d'Yvonne de Galais est ce qu'elle doit être ; une sorte d'idéal, un mirage onirique qui de ce fait n'a pas besoin d'avoir une personnalité développée. Quand au narrateur...disons que la manière dont Alain-Fournier le décrit n'est pas commune, vu que sa description se fait toujours par opposition avec le référentiel du Grand Meaulnes. Il est amusant de noter que ce narrateur est pourtant le seul personnage qui évolue réellement au sein de l'oeuvre, quand Meaulnes reste prisonnier à jamais dans son idéal et cause, si l'on y regarde de plus près, le malheur autour de lui. Je pense que la clé réside dans l'épilogue, qui marque pour la première et seule fois une véritable rupture entre Meaulnes et son ami. Tout laisse à penser au lecteur que Meaulnes, même s'il n'est pas le narrateur, est le personnage le plus important de ce roman éponyme. Ce n'est pas tout à fait faux évidemment, mais ce titre trompeur cache peut-être l'intériorité d'un narrateur qui passe sa vie à se dévouer pour Meaulnes, qui le remercie bien mal en abandonnant sa femme, puis la laisse mourir seule pour aller sur les routes. Le narrateur perd une de ses amies les plus chères, et le retour de Meaulnes signifie la perte de son enfant auquel il s'était attaché. Le narrateur constate, avec rancoeur, que Meaulnes lui a peut-être tout pris. La figure de modèle que représentait Meaulnes s'effondre alors. Le roman se concentre sur la quête d'enfance de Meaulnes, mais c'est bien la fin des jours heureux du narrateur qui clôt le récit.


Roman absolument magistral donc, une véritable claque.
Du reste, on peut reprocher au roman sa lenteur, et certaines péripéties qui peuvent sembler dispensable. Mais je ne vais pas le faire ; je pense qu'on ne peut pas louer la fameuse scène du voyage de Meaulnes tout en prétendant que le reste est dispensable. On ne peut pas comprendre précisément le texte sans le lire jusqu'à la dernière ligne.


Je vais pas y aller par quatre chemins pour conclure : c'est un chef d'oeuvre, lisez-le.

Bassorah
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le 23 mai 2021

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