Après avoir découvert les aventures de Rincevent et Deuxfleurs l’an dernier avec le Huitième Sortilège, on retrouve ici notre duo de personnages exactement là où on les avait laissé : en train de chuter du Disque-Monde. Le Huitième Sortilège nous remet dans le bain directement, sans crier gare, mais sans nous perdre pour autant. Rincevent est toujours aussi chanceux dans sa malchance, Deuxfleurs toujours aussi naïvement fasciné par tout ce qui lui arrive, et le coffre sur pattes toujours en train de dévorer un personnage sur deux.
Tout comme le tome précédent, la grande force du livre est son très attachant duo de personnages improbables. D’autres viennent s’ajouter comme Cohen le barbare, plutôt sympathique, ou le terrible et en même temps banal grand méchant, Tymon. Les péripéties s’enchainent à mille à l’heure, et on passe par toute sorte de pastiches : la maison en pain d’épice, Conan le barbare, Lovecraft… Si j’ai pu lire certains avis sur internet évoquant un tome moins fouillis que son prédécesseur, je n’ai pas eu tellement ce sentiment, ayant tout de même l’impression que ça partait vraiment dans tous les sens.
Je me sens ainsi vraiment partagé sur ces deux premiers tomes du Disque-Monde. D’un côté, Pratchett donne à voir son univers sous toutes les coutures : la ville d’Ankh-Morpork, les mages, la Mort… Ca permet vraiment de se familiariser avec ce monde particulier et de trouver ses marques pour continuer la découverte de l’univers dans les tomes suivants. Et paradoxalement, ça n’est pas la meilleure porte d’entrée pour découvrir Pratchett car on sent qu’il ne maitrise pas encore complètement son écriture complètement folle et ici, un peu foutraque.
Pourtant, Pratchett et son incroyable traducteur parviennent à plusieurs moments à un compromis entre une écriture à la fois simple, efficace, recherchée et fleurie en même temps. J’ai noté plusieurs superbes passages fins et très drôles : les arbres qui s’ennuient et qui se font “scier”, m’a par exemple vraiment fait sourire. Mais encore une fois, on sent que c’est les débuts de Terry Pratchett. Assez souvent, la main est un peu lourde sur les figures de style et ritournelles, alourdissant la lecture, et perdant clairement le lecteur. Certains passages très absurdes comme les dialogues avec les Sortilèges, ne sont pas toujours hyper clairs par exemple.
Pour ma part, je pense que ce tome pâtit un peu d’être une suite du premier. Pour avoir lu Mortimer et la Huitième fille quelques années auparavant, ces derniers sont plus compacts, ont une narration plus claire, et sont globalement beaucoup plus nets et affirmés qu’ici. Dans ce tome, les évènements se suivent sans véritablement marquer (la rencontre avec les Trolls, la baston de mages dans la maison en pain d’épice, les fanatiques avec l’étoile tatouée sur le front…). J’avoue avoir trouvé ce tome un peu moins inspiré que le précédent, un peu moins drôle et peut-être un peu moins surprenant, sans doute parce que j’avais déjà passé 300 pages avec Rincevent et Deuxfleurs.
Néanmoins, ça reste Terry Pratchett, et donc de fait, le Huitième Sortilège demeure une lecture rafraichissante, légère et amusante. Je suis curieux de lire désormais la prochaine aventure de Rincevent avec Sourcellerie !