Curieuse chronologie : ayant fait mourir - de la plus belle mort qui soit pour lui - Erlendur dans "Etranges rivages", voilà qu'Indridason repart du début de la carrière du populaire commissaire et nous sort des romans dont la trame se déroule alors qu'il est jeune policier. J'ai zappé, mais ce n'est que partie remise, "Les nuits de Reykjavik". "Le lagon noir" serait le second de la série, Erlendur vient d'être nommé inspecteur...et travaille avec Marion Briem, qui est à la retraite (voire sub-claquante, je ne me souviens plus très bien) dans les romans précédents.
Pirouette temporelle, réflexion subliminale sur la non linéarité du temps ou plus prosaïquement demande expresse d'un éditeur qui ne peut se résoudre à voir mourir un personnage qui fait tant de ventes ? Je ne saurai dire...Bon, de plus, le mystère reste entier quant aux deux inédits (en français) écrits avant "La cité des jarres". Mais pour combien de temps et, en définitive, comment l'auteur va t-il boucler la boucle ?
Ceci étant dit, "Le lagon noir" est un Indridason que je qualifierais bien de classique. Si on aime cet auteur, on va aimer ce livre, qui possède en fait toutes les qualités de la série. Sans en être toutefois un des ouvrages les plus exceptionnels. On y retrouve bien tous les thèmes de prédilection de l'auteur : disparitions, enquêtes dans le passé et cette innocence fantasmée de la société islandaise. Comme toujours, le côté historique est particulièrement documenté et travaillé, sachant qu'il s'agit ce coup-ci d'une évocation de la présence de l'armée étasuniennes en Islande, sur la base aérienne de Keflavik, en 1978, et aussi des baraquements de camp Knox, installés à Reykjavik pendant la seconde guerre mondiale et occupé dans les années 50 par les islandais les plus modestes.
Voilà, pas grand chose à dire de plus, c'est solide, bien écrit et prenant. Et cet Erlendur à rebrousse-temps ne présente pas d'incohérence majeure avec ce qu'il deviendra par la suite.