Après L'enragé, Sorj Chalandon renoue avec la veine autobiographique qui était la sienne dans Enfant de salaud et Profession du père. Cette fois, il s'intéresse aux années de transition entre l'adolescence et le passage à l'âge adulte. A dix-sept ans, fraîchement émancipé, il quitte Lyon, les coups et les brimades de son père, l'impuissance soumise de sa mère. Très vite, c'est Paris, la rue. Pendant une manifestation, il rencontre Norman, Marc, Yves, Daniel, militants de la gauche prolétarienne. Ils vont le sortir de la rue et lui offrir quelques mois d'une intense amitié. Avec eux, Kells va découvrir ce qu'est l'engagement, le don de soi, la violence au nom d'un idéal. Il va également combler son retard en matière de livres, films, passer son bac. La mort de Pierre Overney sera un moment de bascule, celui où Kells devra quitter la gauche prolétarienne agonisante pour trouver d'autres formes d'engagement…
Encore un texte fort et touchant. Fort pour l'engagement de Chalandon en faveur de tout ce qui est l'antithèse de son père. Son père était raciste, lui s'engage à gauche toute, avec ses poings, et cette haine du père qui le porte. Touchant car on ressent la solitude, la fragilité du jeune trop tôt sorti de l'enfance, sous la carapace. « J'ai peur, je pleure. Seul, je n'y arriverai pas. (…) Il me faut ma maman dans la nuit. » (p. 123) Cette mère dont l'une des seules preuves d'amour consiste à [l]e gifl[er] parfois, pour dire à l'Autre que la punition [lui] avait bien été infligée, qu'il n'avait pas besoin d'en rajouter. » (p. 127) Finalement, c'est la rue qui procurera à Kells ce que ses parents lui ont refusé : amitié, amour, moments fédérateurs, sécurité. En un mot, une famille.