Il m'est difficile de passer sous silence, d'Aragon à qui j'ai consacré divers travaux de recherche, l'œuvre qui est sans doute la plus éblouissante jamais sortie de sa plume.

Ce texte, à près de cent ans, reste très moderne. Il soulève dès l'abord une interrogation cruciale : à quel genre ressortit ce "roman" qui n'en est pas un ?

Dans l'édition de la Pléiade, il est recueilli dans l'œuvre poétique.

Cette assignation est sans doute partiellement due au fait que, par souci de ne pas enfreindre l'interdit sur le roman porté par le groupe surréaliste, autour d'André Breton, Aragon ne s'est en définitive pas prononcé sur la nature d'un texte de toute manière inclassable — même si la séparation des deux genres, prose et poésie, n'a pas grand sens chez lui. L'on peut cependant se demander dans quelle mesure Le Paysan de Paris pourrait être le roman mythologique dont le personnage principal serait : le moderne.

L'idée du moderne a inspiré nombre d'épigones depuis Rimbaud — "Il faut être absolument moderne". Les homologues littéraires de peintres tels que Georges Braque ou Pablo Picasso prennent la suite du grand nom de Guillaume Apollinaire. S'ensuivront Dada, puis le surréalisme.

Parmi eux Aragon, génie littéraire à l'état pur, ne pouvait pas passer inaperçu. Paraissant entre Une vague de rêves (1924), premier "manifeste du surréalisme", et le détonant Traité du Style (1927), le Paysan pourrait ressortir à la catégorie des proses poétiques, mais étiré à la longueur d'un roman.

C'est à mon sens l'art poétique d'une époque où la Première Guerre mondiale a fauché une grande partie de la jeunesse européenne. Aragon vient mettre au jour, comme un archéologue des rêves, la dimension mythologique d'une vie quotidienne désenchantée.

Aragon, dans les années soixante, écrira crânement : "Tout le monde n'a pas écrit Le paysan de Paris".

L'auteur d'un tel ouvrage est nécessairement l'un des tout grands écrivains de son époque.

Il faut rappeler qu'Elsa Triolet, arrivée à Paris peu avant, désire rencontrer l'auteur de ce livre qui l'a emplie d'admiration. Et ce sera, en 1928, la rencontre dont sortira le futur couple mythique.

Le sentiment de la nature aux Buttes-Chaumont, nocturne rêverie à trois, dans le parc alors le plus artificiel de Paris.

L'énorme serpent (?) rue La Fayette.

Mathieu-Erre
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le 5 déc. 2022

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Mathieu Erre

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