On aura du mal à trouver un fait divers aussi tragique que celui, bien réel, qui constitue le point de départ du Petit. "C'est l’histoire d’un enfant qui ne rentrera plus jamais de l’école : la chaudière de l’établissement a explosé – cela s’est produit dans une bourgade de Biscaye, le 23 octobre 1980. Toute une classe d’âge (les 5 à 6 ans) a péri." Comment écrire un roman sur un tel événement ? En évitant à la fois de "faire de l'art" et de sombrer dans des tréfonds pathologiques. Aramburu n'oublie pas le traumatisme collectif, mais il choisit de s'intéresser à une famille en particulier et à l'après, pour une mère, un père et un grand-père. Il faut bien de la délicatesse à l'auteur basque qui fait montre d'une humanité remarquable en se mettant à la hauteur de ses personnages, avec leurs failles, leurs doutes et leur désespoir, qu'ils n'expriment pas de la même façon. Il y a la douleur de l'absence, une béance insoutenable, mais la vie ne continue-t-elle pas autour d'eux ? Le Petit est un livre de deuil, mais surtout de respect de la vie, cette dernière dût-elle passer par le déni ou la déraison. Et puis, à plusieurs reprises, c'est le texte lui-même (sic) qui vient nous interpeller pour affiner le propos de son auteur, expliquer sa volonté ou encore remettre en cause les choix de son maître (re-sic). Étonnante licence, qui aurait pu être ridicule sous la plume d'un autre écrivain, mais qui ajoute ici un degré d'intérêt d'une intelligence rare. Aramburu, avec l'évocation du destin de ses trois protagonistes, s'extrait finalement de la noirceur qui menaçait le livre et en tire une leçon universelle sur la résilience, possible ou non, tout en touchant la fibre la plus romanesque qui soit. C'est l'exercice d'un auteur funambule qui ne cesse de côtoyer l'abîme, mais qui réussit à toujours rester digne et debout sur son fil.