Le progrès technique est présenté par l'élite politique sorti des grandes écoles comme à la fois souhaitable et inévitable. Toujours selon certains essayistes (Luc Ferry en tête), la société occidentale et le monde en général s'approcherait d'une ère de perfection technologique telle que le travail en sera bouleversé (ubérisation, transhumanisme). Cette rengaine n'est pourtant pas nouvelle. Ricardo l'un des fondateurs de l'économie politique, si il comprenait les ouvriers anglais qui brisaient les machines pensait que si l'automatisation apporterait des souffrances et des larmes, elle profiterait sur le long terme aux travailleurs.
Ou en sommes nous aujourd'hui ? Des algorithmes traquent les livreurs à vélo, des chauffeurs Uber dorment dans leurs voitures ne pouvant se trouver un logement. Le tout sans protection sociale d'aucune sorte. Les joies de la "gig economy" comme disent les Britanniques.
Noble démontre d'une part qu'il y a chez les décideurs (chefs d'entreprises, managers, ingénieurs) une idéologie du progrès technologique, de l'automatisation à outrance qui s'accompagne d'une volonté de garder leurs prérogatives sur leurs subordonnés. Ce qui amène à des situations absurdes que David Noble rapporte : des pièces de fontes emmagasinés à côté d'une machine ne fonctionnant qu'avec de la tôle alors même que c'était ces mêmes pièces qui avaient justifié l'achat de la machine. Les briseurs de machines modernes telle cette femme qui a laissé de l'urine sur un clavier d'ordinateur ou ces imprimeurs détruisant les appareils les remplaçant apparaissent comme des résistants d'un autre âge d'autant plus que les syndicats notamment dans les pays nordique n'hésitent pas à recourir aux accords avec le patronat pour faire face à l'automatisation.
Pour conclure rappelons que le scepticisme envers le progrès technique ne s'accompagne pas forcément d'un rejet très post moderne du progrès scientifique.