Comme il existe déjà de très belles critiques de ce roman magnifique, je me contenterai de partager mon émotion, peut-être simplement pour donner envie de le lire.
La mise en abyme étonnante qui fait se rencontrer Antigone d’Anouilh et la guerre du Liban à Beyrouth est bien plus qu’une idée de roman : elle est peut-être l’essence même de la littérature. Seul l’art peut tenter de donner un sens à ce qui semble n’en avoir aucun : la guerre, les massacres, les femmes et les enfants suppliciés.
Et pourtant, le roman en fait surgir un, essentiel : dans une guerre, il n’y a ni innocents ni coupables au sens où nous voudrions l’entendre. Il n’y a plus de Druzes, d’Israéliens, de Palestiniens, de chrétiens ou de juifs : seulement des hommes pris dans une folie qui les écrase, tous autant qu’ils sont.
S’il fallait retenir une seule leçon de cette lecture, ce serait peut-être celle-ci : lorsque nous avons la chance d’échapper, même provisoirement, à la guerre, gardons-nous d’y ajouter l’obscénité des prises de parti et des jugements portés bien au chaud dans nos démocraties en paix.
Comme le narrateur, gauchiste, progressiste et pro-palestinien, qui, plongé au cœur du conflit, perd ses certitudes confortables et éprouve, à son retour de Beyrouth, à l’aéroport, de la honte devant le drapeau palestinien brandi par l’un de ses anciens amis. La réalité est toujours aveuglante, et rares sont ceux qui peuvent la regarder en face.
Lisez Le Quatrième Mur. Lisez ceux qui témoignent de la guerre. Mais n’ajoutez pas l’inconscience au malheur.
C’est, au fond, le conseil du Druze qui sert de chauffeur au narrateur et qui a perdu son fils, le futur Hémon, mort loin de son Antigone :
« Et il m'a fait jurer. De bien rentrer après, de retourner d'où je venais, de retrouver ma vie, mon amour, ma tendresse. De surveiller les gamins du collège, de boire une bière d'automne en terrasse, de trouver une place sur les pelouses du dimanche, de trembler devant un film, de fermer les yeux pour une chanson, de rire à sa santé, à sa mémoire, de ne plus revenir tant que son pays saignerait. Et j'ai promis. »
(Grasset, p. 307)
En me relisant, je m'aperçois que ma critique laudative peut sembler peu en accord avec ma note de 7. J'ai aimé le fond, l'intelligence de la démarche, mais un style heurté, asthmatique, quoiqu’approprié au sujet, et des dialogues très lourds expliquent la note, bonne mais pas excellente.