[Critique rédigée en un seul trait, la tête dans les nuées.]
Ma première lecture d'une œuvre de Duras fut d'un désintérêt assez impressionnant. Lecture universitaire obligatoire, j'ai lu "Hiroshima mon amour" avec l'envie d'apprécier une telle histoire, mais rien n'y faisait, ce n'était pas mauvais, mais clairement pas appréciable non plus.
Mais je ne voulais pas m'arrêter là, j'étais sûr que Duras avait quelque chose de plus à m'apporter, que je n'avais vu qu'une seule face de cette autrice renommée.
Presque un an plus tard, je me décidai à lire "Le Ravissement de Lol V. Stein" que ma sœur m'avait offert pour mon anniversaire, pour une raison obscure, puisqu'elle ne l'avait jamais lu.
Ce fut pour ainsi dire un typhon. Ce roman, c'est Lol V. Stein ; tout tourne autour d'elle, ces pages, ces lignes, ces mots, ce ne sont qu'elle. Quand je pense à ce que j'ai lu, je n'arrive pas à prendre le recul nécessaire et admirer la plume de Duras tant j'ai l'impression d'avoir plongé au cœur de l'âme de Lol. Pourtant, toute la narration tourne autour du fait qu'on ne peut pas la comprendre, le narrateur transposé qui forme des hypothèses à partir de ses observations ou de ce qu'on lui a dit renforce davantage ce sentiment de fébrilité de la véritable teneur de l'identité de Lol... non seulement car Lol est "folle" (enfin, enlevez ces guillemets ; elle détient une forme de folie, mais ce n'est aucunement péjoratif ; être fou n'est pas un état dégradant), mais surtout car elle est exactement comme nous. Petite leçon d'humilité que j'ai trouvée assez intéressante ; l'on peut essayer de comprendre un autre, l'on n'arrivera jamais à vraiment saisir qui il est. Notre identité est floue, et c'est ce que l'on ressent bien dans ces lignes : alors que la narration est plutôt lente, les phrases semblent s'envoler en un élan, comme si elles ignoraient où elles allaient ou parfois même ce qu'elles voulaient dire. Nous sommes des êtres changeants et incertains, ce qui rend vain le projet de se saisir de notre essence.
Lol est véritablement un des personnages les plus intéressants de la littérature à mes yeux. De part son côté tant réaliste, son être impossible à capturer entre des pages, elle a particulièrement résonné en moi, et j'ai trouvé son histoire touchante, son drame était devenu mien et tous les torts qu'on lui faisait, on me les faisait aussi. Tout ce qui entourait Lol, les lieux, les personnages, les atmosphères, tout cela me donnait l'impression de les avoir véritablement vécus, comme si je revivais un souvenir à travers un rêve... une lecture onirique, à l'image de Lol. Bien joué, Marguerite Duras, vous m'avez fait somnambule.