Disclaimer parce que ça me fait mal au cœur d'écrire cette critique : j'adore Zola. Et je sais aussi que c'est un génie et qu'il sait faire bien bien mieux.
J'ai pas du tout aimé cette lecture, la seule chose que j'ai aimé (et ça, ça bouge pas), c'est l'écriture de Zola, toujours aussi ciselée, limpide et divine. Mais ça s'arrête là, et je me suis même surprise à expédier la fin du texte, tant je roulais des yeux d'agacement.
Emile s'essaie donc au romantisme, dans une incursion baroque très éloignée de ses autres textes de la saga des Rougon-Macquart. Ça se lamente sur les pavées d'église, ça sanglote pour un amour impossible qui n'en est pas un, ça geint sur les tombes, ça se fait saigner les mains de dévotion et ça pousse le pathétisme dans des recoins insoupçonnés du ridicule.
Je n'ai jamais été cliente du romantisme, donc le baroque et les excès sentimentaux et éplorations successives du Rêve ne m'ont jamais semblé crédibles : tout est improbable et kitsch, avec des pointes de rococo dans les dernières pages que j'ai trouvées détestables.
Je lis Zola pour son naturalisme, ici il y en a très peu : les quelques descriptions que j'affectionne se concentrent sur le métier de brodeuse, mais même ces évocations m'ont assez peu intéressé tant les termes (inconnus) n'évoquaient rien pour moi. J'ai à peine pu m'accrocher à ces descriptions pour avoir un peu de chair me rendant l'histoire et les personnages tangibles.
Angélique, fanatique dévote azimutée à la Légende Dorée, vit un rêve creux et vain de princesse Disney. Si j'ai aimé les évocations religieuses de La faute de l'abbé Mouret, mâtinées de panthéisme païen, ici on verse dans le fanatisme religieux où tous les archétypes de la Légende Dorée (autre grand passage de description qui nous prépare au karcher l'intrigue et sa résolution) se succèdent. On voit Zola arriver avec ses énormes sabots (jolis, néanmoins, les sabots) pour nous broder une parabole indigeste. Tout le monde est chiant et creux, Angélique rejoint la litanie des Saintes que ne connaissent que les religieuses béates. Vraiment, l'ennui. Si encore Zola se moquait d'elle !
Il est vrai que si vous aimez les contes et le cucul des histoires de prince charmant, vous serez servi : ajoutez y une plume délectable, et votre lecture se finira en apothéose ! A choisir le rêve et les illusions d'une femme, je préfère ceux d'Emma Bovary.