Pas si facile de lire ce récit en s’efforçant de ne pas tenir compte du micro-battage qui entoure son auteur — sa jeunesse, cinq ou six romans, etc. — : on a tôt fait de prêter à un écrivain des ambitions qu’il n’a jamais eues. Le Rire du grand blessé (ou peut-être du Grand blessé) marche sur les plates-bandes de l’anticipation de haut niveau — Fahrenheit 451, Des fleurs pour Algernon, 1984, tout le bazar. Le pari est d’autant plus risqué qu’il n’y a dans l’histoire aucune maison d’édition ou collection spécialisée dans ce que ceux qui ignorent ce qu’est l’imaginaire appellent « littératures de l’imaginaire ».
Premier constat : sans être mal écrit, ce court roman n’a rien d’un choc stylistique. Et certains passages au parfum de cliché et de maladresse embarrassent. « J’avais signé le contrat du bonheur, à une seule condition : interdiction formelle d’apprendre à lire » (p. 9) : si tu ne sais pas lire, tu ne sais pas écrire non plus, et tu ne peux rien signer ; ou alors ce n’est pas un contrat.
D’une manière générale, le Rire du grand blessé sent la retenue, l’absence d’audace. La narration fait quelques clins d’œil au lecteur, comme pour dire : « Voyez, je suis de votre côté, je suis un livre à la gloire des livres, j’ai peur pour la Culture, pour notre Culture, et si je pouvais voter je voterais centre-gauche. » Mais ça s’arrête là. Il y a quelques trouvailles — 1075 l’ambigu, le phénomène des Manifestations à Haut Risque, le sort des campagnes — dont une dystopie intéressante aurait fait son cœur, et que le roman de Cécile Coulon se contente d’esquisser, moins pour solliciter le lecteur que par manque de prise de risque.

Alcofribas
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le 29 mars 2015

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