A mon avis, il est largement temps que Dan Brown abandonne le personnage de Robert Langdon.
Comprenez-moi bien. J’ai beaucoup de sympathie pour Dan Brown, l’exemple de la lecture divertissante, un peu bête, pas très fine, ce que les Etats-uniens appellent un « page-turner ». J’ai lu tous ses romans, dans l’ordre, et j’avais accroché dès le premier, Forteresse digitale.
Puis, Langdon est arrivé dans Anges et démons, le troisième roman de Brown.
Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. Pas en France, du moins, où les éditeurs ont attendu le succès monumental du Da Vinci Code pour sortir Anges et démons. Toujours très frileux, les éditeurs français.
Bref, j’aime bien Langdon, l’universitaire qui analyse les symboles, et c’est par ces symboles que l’action avance. Cela nous a donné une promenade remarquable dans les rues de Rome pour Anges et démons, au fil des oeuvres du Bernin, entre autres.
Ce canevas va perdurer pour trois romans. Jusqu’au Symbole perdu.
Pour moi, Le Symbole perdu est le dernier bon roman de Dan Brown.
Et c’est le dernier où il utilise cette analyse des symboles pour faire avancer son action.
Donc, c’est le dernier où la présence de Robert Langdon se justifie.
Prenons maintenant ce roman en particulier, Le Secret des secrets. Cette fois-ci, nous voilà à Prague, et c’est très prometteur. Mais ce n’est guère qu’une petite visite touristique qui constitue la colonne vertébrale du roman. Langdon y fuit les forces de police tchèques, saute dans le fleuve local, la Vltava, et visite les différents lieux les plus célèbres de la ville. A chaque fois, Brown nous pond un petit paragraphe de présentation, qui semble directement issu d’une brochure de l’Office de tourisme.
L’action, quant à elle, piétine. La première moitié du roman est même tellement éprouvante que j’ai failli abandonner. Brown connaît les techniques du roman à suspense, et il les applique ici consciencieusement (chapitres courts se finissant en plein cliffhanger, multiplicité de personnages ne connaissant chacun qu’une partie de l’histoire, présence de plusieurs personnages ambigus pouvant, chacun, être le criminel de l’histoire, etc.). Seulement ces techniques tournent à vide. Brown nous livre là une sorte de squelette décharné de roman. A force de morceler l’action en micro-chapitres et de multiplier les changements de personnages, nous arrivons à une sorte d’oxymore : une action statique. Rien n’avance. Je pense qu’on peut facilement diviser le nombre de pages par deux et continuer à avoir un roman cohérent.
L’action se réveille enfin vers le milieu du roman. Là, nous avons les explications qui nous manquaient et qui font réellement progresser le livre. Des explications qui arrivent au compte-gouttes et seront distillées pendant plus de 200 pages, mais au moins cela donne des pages plus intéressantes.
Et c’est là qu’on aborde un fait significatif, voire symptomatique : ces explications nous sont données non pas par Langdon lui-même, mais par un autre personnage. En fait, les connaissances de Langdon, que l’on dit phénoménales, ne sont jamais exploitées dans ce roman. Ses capacités d’analyse des symboles, qui sont la base des romans dont il est le protagonistes, occupent en tout, au maximum, 2 pages (sur les 630 du roman). En fait, le roman, annoncé comme la nouvelle aventure de Robert Langdon, pourrait parfaitement se passer de lui.
Une fois de plus, la seconde moitié du roman permet de faire renaître l’intérêt, en nous dévoilant progressivement l’énigme qui est au centre de l’action (énigme dont je ne dévoilerai rien ici, histoire de ne pas gâcher l'unique intérêt du roman). C’est bien cette énigme qui constitue le véritable centre du roman. Le reste (les courses-poursuites, les armes, les retournements de situations, les traîtres, les policiers violents, les tueurs mythologiques, et tout ça et tout ça) n’a quasiment aucun intérêt. C’est totalement irréaliste et déjà lu et relu.
Clairement, pour un lecteur habituel de Brown, ce roman est une déception. Certes, moins mauvais que le précédent, mais tellement inférieurs aux cinq premiers livres de l’auteur !
(4,5)