On ne sort pas tout à fait indemne d'un livre de Jean-Baptiste Del Amo. Le sel, son deuxième roman nous entraine au sein de l'histoire d'une famille de Sète, autour du souvenir du père, Armand, marin, dur, violent et alcoolique qui aura un impact sur la vie de toute la famille. Le roman mélange les temporalités sans nous guider, et travaille la mémoire et les traumas sur une même horizontalité. Tout se mélange dans ce livre choral dont la trame narrative, simple, tend vers un repas de famille et des retrouvailles entre une mère et ses enfants. On retrouve le style d'une Éducation libertine, sensuel et organique mais cette fois, le récit se veut multiple, autour de toutes les figures familiales à différent moment de leur vie.
Le livre pourrait porter le titre patriarcat tant la violence exercée par le père est matricielle de tous les maux de ses enfants et de sa femme.
Livre sur la violence mais également sur le désir, frustré, caché, empêché et parfois vécu dans une fresque familiale ambitieuse.
J'ai apprécié le rapport au temps, et la psychologie des personnages qui ne dévoilent jamais totalement dans ce jeu de miroir parfois un peu dense. Les passages de l'enfance d'Armando m'ont particulièrement touché, j'ai été un peu moins sensible au déploiement un peu trop appuyé du tragique de la mort de l'enfant et de la scène d'inceste.