Incontournable Roman ado 2025
"Le sortilège d'Amanda Corriveau" fait parti de la fratrie "Oser Lire" aux éditions Bayard Canada, romans courts recto-verso ayant deux versions: Une complète et une allégée et coupée de moitié. Ces romans très aérés et dans un français simple et accessible sont conçus pour favoriser la lecture auprès des lectorats ayant des défis, comme les allophones en francisation ou encore les raccrocheurs en lecture. Bien sur, ils sont pertinents aux lecteurs francophones et habitués également. Les Oser Lire se déclinent en plusieurs genres, servis par plusieurs auteurs et autrices. Ce roman-ci tient à la fois du fantastique et un peu de l'épouvante.
Antoine fait un rêve étrange, dans lequel une femme du Moyen-Âge vient le trouver lui, un chevalier, pour lui demander de l'aide. Il découvre que cette jeune femme va à la même école que lui, mais quand il tente de prendre contact avec elle, celle-ci ne semble pas savoir de quoi il parle. Bien vite, on se demande: Y a-t-il réellement une connexion entre eux par le biais des rêves ou est-ce quelque chose de plus sombre, de plus obsessif? Antoine va refaire des rêves à propos d'Amanda, dans des lieux de plus en plus près de lui. Amanda serait menacé par un démon, mais de qui s'agit-il?
J'ai trouvé cette ambivalence entre deux possibilité plutôt bien trouvée. Antoine, si on le regarde de l'extérieur, ressemble à un genre de harceleur, surtout quand il décide de suivre Amanda. Bien sur, celle-ci se sent menacée et demande de l'aide. Ce qu'elle ignore est qu'une autre histoire, sombre et réelle celle-ci, compose la toile de fond.
Attention, à partir d'ici, je vais divulgâcher certains détails.
Amanda Corriveau est inspirée de "La Corriveau" ( Marie-Josephte Corriveau de son vrai nom) et en ce sens, elle a un côté "sorcière". Elle s'intéresse aux sciences occultes, pratique le tarot et pour ne rien aider, a des cheveux flamboyants qui, historiquement, ont souvent été associés aux sorcières. Justyne, une adolescente fréquentant la même école secondaire qu'Amanda et Antoine, aurait fait appelle à elle pour avoir des conseils sur sa vie conjugale avec le "très beau et très gentil Justin". Justyne aurait prit la décision de rompre après cette rencontre. Sans le savoir, Amanda vient de se faire un ennemi.
Ironiquement, c'est en raison du comportement étrange d'Antoine qu'Amanda va entrer en contact avec le petit ami déchu, qui va se proposer pour la protéger. Quand Antoine va vouloir suivre Amanda , pour la "protéger", c'est donc dans une embuscade qu'il va tomber. Frappé et roué de coups, Antoine ne peut plus vraiment défendre Amanda et Justin l'attaque juste après. Grâce à son meilleur ami qui se préoccupait de son comportement pour le moins préoccupant, Justin sera mit hors d'état de nuire et la police va intervenir.
On comprendra par la suite que Justin était la fameuse "menace démoniaque" dont l'Amanda des rêves tentait de se prémunir, un ex rendu fou de rage par cette fille qui a conseillé à sa copine de le laisser tomber. Ce que personne ne savait, c'est que ce bellâtre était jaloux, possessif, contrôlant et violent avec Justyne. Cette histoire de tarot ne cachait donc pas un stupide caprice d'ado, mais bien une réalité sombre, taboue et sournoise. Amanda aura l'occasion de remercier Antoine, son "chevalier servant", en référence au chevalier qu'il était dans son rêve.
Comme je le relate souvent, je trouve encore beaucoup de récits amoureux qui banalisent, voir idéalisent des mâles toxiques comme Justin, ces beaux jeunes hommes profondément insécures et lâches qui se cachent derrière leur passé difficile pour se justifier d'être des ordures avec les filles. Pire, ces même demoiselles se confortent dans un rôle de victime qui se sacrifient pour leur mâle écorché, convaincue d'être les "élues" qui les sauveront d'eux-même, une partie de jambes en l'air et de joutes verbales à la fois. Ces romans me font froid dans le dos: Ce ne sont pas des romances, ce sont des relations toxiques et les articuler comme des réalités acceptables, sexy et souhaitables, c’est terriblement préoccupant. Ici, on fait le pari inverse et c'est tant mieux. Jamais la violence ne devrait être accepté comme langage dans une relation, qu'elle soit verbale, psychologique, sexuelle, financière ou physique. Et en quelque part, je trouve intéressant que pour une fois, celle qui vient en aide à la jeune femme violentée soit une autre jeune femme, Amanda.
La présence de cette entité maléfique au personnage incertain est ce qui donne le côté "épouvante" à ce roman fantastique et en quelque part, on en est pas loin. Après tout, chercher à battre une personne parce qu'on est un être violent en amour, c'est incarner une grande malveillance. Et vu la présence d'une inspiration de la tradition orale avec "La Corriveau", on a donc un accent folklorique québécois.
Un roman sombre et pertinent, entre ténèbres magiques et ténèbres de l'âme.
Pour un lectorat adolescent, 12-15 ans+