Pierre Chave, militant anarchiste vivant à Bruxelles apprend qu'un attentat va se produire en banlieue parisienne impliquant un jeune camarade anarchiste qu’il connait bien, il file en France, laissant sa femme et son fils, afin de tenter d'éviter la catastrophe.
Ce qui est intéressant dans cette histoire, somme toute assez simple, c’est le contraste qui existe entre, d’un côté le milieu sordide dans lequel évoluent les anarchistes ainsi décrits et le héros, les sombres ruelles dans lesquelles ils se déplacent, la noirceur des bouges dans lesquels ils vivent ; et de l’autre côté, la vie, le soleil, les couleurs, la lumière qui s’étale et baigne tout le reste du décor que Simenon plante autour des pérégrinations de Chave, personnage principal de son roman.
Illustration :
Il y avait trop de soleil, ce matin-là, un soleil trop gai, trop capiteux. Trop de vie aussi, et trop allègre, tout au long de cette rue Saint-Antoine, vraie foire à la mangeaille. Il était difficile de se concentrer, de sentir le côté sérieux des choses.
Ou encore :
C'était peu de chose et pourtant cela suffisait pour changer l'état d'esprit de Chave. Pas seulement cela, mais l'aspect que prenait le morceau d'univers qui l'entourait, la rouille somptueuse des feuilles mortes, le rouge des briques étrangement éclairées et l'eau qui devenait plate, avec des ondulations luisantes
Chave, le héros de ce roman, est constamment pris entre deux feux. Anarchiste mais non violent ; aspirant à la fois à une vie paisible et à la révolution ; voulant empêcher un attentat mais sans dénoncer ses camarades ; etc.
Cette constante ambivalence des personnages, des lieux, des ambiances, des sentiments, fait tout l’attrait de ce roman qui se lit facilement : le style est simple, comme toujours chez Simenon, pas d’artifices, pas de lyrisme, juste la vie telle qu’il l’observe.