Laurent Genefort est un auteur français de SF qu’on ne présente plus, tant son oeuvre est ancrée dans le paysage littéraire de l’imaginaire en France. Romancier prolifique, il a été lauréat du Grand Prix de l’Imaginaire dès 1995 pour son roman d’anticipation Arago, et obtient également le prix Rosny en 2002 pour Omale. On le connaît également pour sa trilogie uchronique Les temps ultramodernes parue entre 2022 et 2024 aux éditions Albin Michel Imaginaire. Avec son nouveau roman Le test de Rungholt, Laurent Genefort nous plonge dans une intrigue d’anticipation qui se concentre sur une médecin légiste un peu particulière.
Bienvenue à Rungholt, la ville qui ne figure sur aucune carte pour une raison bien spécifique : elle sert de ville-test pour déterminer si la race humaine est digne d’intégrer la Mosaïque, sorte d’agglomérat cosmique qui regroupe toutes les civilisations intelligentes du cosmos. Afin de mener à bien cette expérimentation, la ville a été coupée du reste du monde pour une vingtaine d’année et dans celle-ci ne vivent que des volontaires. Parmi ceux-ci, Ingrid Belloc, médecin légiste à la tête de l’institut médico-légal en charge d’assurer une expertise sur des meurtres qui surviennent dans la ville. Car même si la cité est en phase de test, elle n’en reste pas moins un vivier de l’humanité avec ses défauts et ses travers et cette série de meurtres pourrait bien mettre à mal le test de Rungholt. La légiste Belloc va devoir s’allier à l’inspecteur Mendoza pour faire la lumière sur ces crimes en analysant les corps des victimes, aussi bien humaines qu’extra-terrestres.
A la manière d’un épisode de série policière, Laurent Genefort nous entraîne dans une intrigue policière ancrée dans un récit de hard SF crédible dont l’approche documentée permet de donner de la vraisemblance aux scènes d’autopsie qui ponctuent le texte. La xénobiologie est un champ d’étude particulièrement intéressant et je dois dire que les scènes détaillées d’autopsies d’extra-terrestres à la physiologie complètement inédite m’ont beaucoup plu. L’auteur a fait un véritable effort de recherche pour rendre son récit plausible, comme l’attestent les remerciements dans lesquels il ne manque pas de citer Antoine Tracqui, le médecin légiste qui l’a aidé dans sa documentation. Pour ce qui est du reste, je ne cache pas que j’ai trouvé l’ensemble assez classique. Ce n’est finalement que le premier tome d’un cycle qui pose les bases de son intrigue avant d’en développer plus, car nous ne savons pas à l’issue de ce premier opus si l’humanité va réussir ce test ou non. Le suspense reste entier une fois le livre refermé, et c’est très probablement ce qui me poussera à lire le prochain tome.
Bien que le roman m’ait semblé assez classique dans sa construction, le style de l’auteur n’en reste pas moins efficace. Laurent Genefort a publié une quarantaine de romans et s’intéresse de près à ce qui concerne l’altérité, la différence, si bien que le ton du roman sonne particulièrement juste. On notera également la qualité apportée à la psychologie de ses personnages et notamment à Ingrid Belloc, une solitaire antisociale et cynique mais intègre et profondément humaine. Loin de coller aux clichés du genre, l’auteur créé un duo explosif avec l’inspecteur Mendoza qui, contrairement à Belloc, est plus à l’aise en société. Sous la plume de Genefort, l’ensemble du récit reste accessible aux néophytes du genre, tandis que les plus férus de science-fiction pourraient se voir un poil déçus par cette simplicité.
Ce premier tome reste avant tout une mise en bouche pour une suite plus savoureuse, je l’espère. Je serai en tout cas au rendez-vous, en espérant que l’humanité réussisse ce fameux test !