expérience de recyclage : une seule critique pour plusieurs livres
( déjà tentée avec Le prince des marées et L'hôtel New Hampshire :
https://www.senscritique.com/livre/le_prince_des_marees/critique/291659850
https://www.senscritique.com/livre/l_hotel_new_hampshire/critique/291657344
> Ici, Le trône de fer et l'Assassin royal.
Les deux sagas ont de sacrés points communs, sans trop divulguer :
Les intrigues impitoyables dans des royaumes en conflit, les alliances et les trahisons, les secrets de cour, les héritiers des trônes...
... tout ça dans un univers qui ressemble beaucoup à notre moyen-âge, mais pas tant que ça en fait, qui se veut réaliste mais inclut le fantastique; avec des personnes dotées de pouvoirs surnaturels, povant partager leur esprit avec un compagnon animal, les légendes de dragons et la question de savoir s'ils ont existé, s'ils existent encore et si on peut les utiliser, leurs oeufs, les religions et/ou magies concurrentes etc etc.
( on pourrait lister encore plus de points communs, les royaumes pirates, les identités secrètes, les sectes etc. mais pas sans divulguer, alors stop ).
A priori, on peut se demander lequel ou laquelle a copié sur l'autre, tant les points communs sont troublants.
Si on cherche la chronologie de la gestation de ces deux sagas, on s'aperçoit que la réponse est complexe, suivant qu'on date du premier tome ou plus, de la parution ou de l'écriture, etc.
Finalement mon intime conviction est que ces deux sagas ont été élaborées à peu près en même temps, sans qu'aucune copie vraiment l'autre; est-ce que les auteurs se sont lus, au fur et à mesure, et se sont chipé des trucs ?
On s'en fout.
On s'en fout, parce que malgré tous leurs points communs, ces deux sagas sont extrêmement différentes :
comme si on avait donné les mêmes ingrédients à deux chefs cuistots et qu'ils aient créé chacun son plat avec, et très distincts.
Et chacun méritant largement d'être goûté et savouré.
Pourquoi ?
Parce que Martin a construit sa saga sur l'aspect choral - des tas de personnages qu'on suit en sautant de l'un à l'autre presque à chaque chapitre, sans qu'aucun soit vraiment personnage principal ( même si on a le droit d'avoir des favoris et d'en aimer moins ), quand Hobb, plus classiquement, surtout en fantasy, nous fait suivre un héros bien défini, le même pour toute la saga; aussi, parce que Martin s'autorise à être d'une cruauté absolue avec n'importe quel personnage, et nous fait vivre-lire avec l'idée que tout, même le pire, peut d'arriver à n'importe qui, n'importe quand, ce qui induit une sensation de réel, et un sacré frisson.
Tandis que Hobb s'attache beaucoup trop à ses personnages pour les sacrifier par surprise, pour les bousiller bêtement ( une des principales morts, que je ne divulguerai pas, prend si longtemps à se développer qu'on en est averti presque un tome entier à l'avance, et se déroule de façon à dénouer correctement tous les noeuds avant. )
On sait, en lisant l'Assassin royal, qu'un personnage intéressant ne va pas soudain bêtement se fracasser la tête contre un linteau de porte en granit, être égorgé par des pickpockets au coin d'une rue sombre ou être poussé dans le vide du haut des remparts; peu de risque d'assister à un viol comme si on y était ( en se demandant dans quelle mesure l'auteur ferait appel à nos pires instincts de lecteur ), et les trucs les plus affreux arrivent en général hors champ ou indirectement, racontés ( décemment ) par quelqu'un.
Bref, on voit vite qu'entre trône de fer et assassin royal, on ne joue pas dans la même cour ni dans les mêmes ruelles.
Cependant, sa brutalité moindre permet à Hobb de nous attacher plus peut-être - en tout cas dans mon cas :
Pour lire Le trône de fer, je mets un écran protecteur entre moi et l'oeuvre, m'interdisant de trop m'attacher à quelqu'un qui risque d'être éventré gratuitement au détour d'un couloir.
Tandis que je noue des liens plus profonds avec ceux de Hobb parce que le sadisme brutal y est moins présent.
Voilà, j'aime les deux, justement pour ces différences, je n'ai encore fini aucune des deux sagas, mais c'est parce qu'elles m'apparaissent plus comme des ( somptueux ! brillants ! ) flux de chapitres et d'aventures que comme des livres nécessitant une conclusion.
Je n'ai pas BESOIN que ça aille vers un dénouement ( trop souvent décevant ).
Et, il se pourrait même que je n'en aie pas ENVIE...