"Le vampire" de John William Polidori est une longue nouvelle parue en 1819. Elle constitue la première apparition vampirique de la littérature moderne.
Son auteur est un médecin anglais de 23 ans, ami de Lord Byron et du couple Shelley. A l'été 1816, ces jeunes gens ont loué une villa au bord du lac Léman où, confinés par le mauvais temps, ils organisent des activités littéraires et jouent à se faire peur. Chacun devra écrire une histoire fantastique, dans le style du recueil de fantômes "Fantasmagoriana". Mary Shelley entame alors la rédaction de "Frankenstein", tandis que Polidori imagine un vampire gentleman qui utilise la séduction pour approcher ses proies féminines. Dans sa description du démoniaque Lord Ruthven, Polidori se serait inspiré de Byron, dandy irrésistible, mais dédaigneux et manipulateur.
Le récit adopte le point de vue d'Aubrey, jeune orphelin fortuné. Introduit dans la bonne société londonienne, il fait la connaissance de Ruthven qui fascine tout le monde par son étrangeté. Les deux amis décident alors de partir ensemble pour le Grand Tour, ce voyage de formation indispensable à tout gentleman du 19eme siècle. Mais au cours du périple Aubrey commencera à avoir des doutes sur la véritable nature de son compagnon, un peu tard hélas...
Cette nouvelle est un incontournable de la littérature gothique. L'auteur y tourne le dos au folklore pour dépeindre un vampire quasi humain, un monstre qui cache sa sauvagerie sous les dehors les plus respectables. Malgré quelques particularités étonnantes - que vous découvrirez dans le livre - Lord Ruthven est intégré à la haute société et peut approcher, de jour comme de nuit, ses proies en toute impunité. 80 ans avant l'exotique Dracula de Bram Stoker, Polidori imagine une créature inquiétante par sa proximité avec les personnages positifs du récit. C'est une histoire de terreur, de folie et de mort, écrite avec style et que les amateurs de fantastique apprécieront sûrement.