Premier récit mettant en scène un vampire, cette nouvelle vaut la peine de s’y intéresser rien que pour cette raison. Et ce d’autant plus que cette histoire cruelle est servie d’une belle écriture. Initialement l’œuvre du poète britannique Lord Byron – lequel portait d’ailleurs les époux Shelley en amitié, dont la fameuse Mary qui produira plus tard son célèbre Frankenstein –, son secrétaire et médecin John Polidori reprend son brouillon abandonné, le retravaille et le publie à sa place ; d’où une certaine confusion au sujet de la paternité de l’œuvre.
Pour résumer brièvement l’intrigue, celle-ci démarre dans le cercle de la haute société londonienne où le jeune Aubrey fait la connaissance de Lord Ruthven, un homme des plus étranges au teint pâle et au caractère introverti. Alors qu’il l’accompagne durant une partie de ses voyages, Aubrey remarque une série de penchants malsains chez son camarade qui l’effraie au point de se séparer de lui. De plus, le malheur semble s’abattre sur chaque personne l’ayant approché. Cependant, la séparation sera de courte durée et les retrouvailles des plus funestes. Dans son incrédulité, le jeune homme se laisse benoîtement prendre au piège par un serment inviolable qui le conduira à sa perte.
On peut dire que tel qu’il est dépeint, Ruthven est véritablement inquiétant et fascine à tout point de vue ; c’est LE personnage puisque les autres ne sont que des faire-valoir et Aubrey lui-même se révèle peu intéressant. La trame perd un peu de sa saveur du début lorsque l’action se situe en Grèce, mais le retour à Londres fait rapidement oublier ce petit essoufflement et nous plonge dans une tension croissante jusqu’à une fin tragique qui laisse coite. On notera aussi au passage le petit clin d’œil au Château d’Ortrante d’Horace Walpole dans le choix des itinéraires d’Aubrey.
Si Polidori est le premier à inaugurer l’introduction du vampire dans la littérature, il n’en reste pas moins qu’on est encore loin de l’ambiance sombre et mystérieuse entretenu par les décors qu’imposeront les successeurs du genre. C’est donc une nouvelle sans les clichés établis, ce qui peut décevoir ou ravir…