La violence est généralement un moyen, pas une fin. C'est pourquoi la prendre pour objet d'étude cache immanquablement un autre projet : celui d'une prise de parole militante, indignée contre les exactions commises par l'armée israélienne. Le ton professoral de ces cours donnés au Collège de France en 2025 masque mal le caractère idéologique de cette pensée. Toute sincère soit-elle, elle a peu à voir avec une démarche scientifique et les revues de litterature et autres précautions rhétoriques y apparaissent plaquées comme autant de réflexes de Pavlov. Il manque à cet estimable auteur une véritable expérience de terrain, de celles qui avaient su donner à sa Force de l'Ordre toute sa densité.
De la violence, il n'est pas de définition simple, c'est-à-dire de délimitation précise de ce qu'elle est et de ce qu'elle n'est pas, qui ne soit problématique. Dans un sens restreint, elle peut être décrite comme l'usage de la force physique avec l'intention d'infliger une souffrance, mais, d'une part, on peut discuter chaque terme, du degré de force physique à la reconnaissance de la souffrance, en passant par la mise en évidence de l'intention - un combat de boxe, des pratiques sadomasochistes, un châtiment corporel dans certaines écoles états-uniennes, des brutalités commises lors de rites de passage africains, bien que correspondant à cette description, ne sont pas tenus pour des violences la majorité des membres du groupe concerné -, et, d'autre part, on peut contester que la violence puisse être réduite à la seule force physique ou implique nécessairement une intention de causer une souffrance - les atteintes à la dignité par l'humiliation, une insulte raciste, une menace verbale, de même que les manifestations des inégalités et les dommages causés par les institutions sont de plus en plus intégrées dans le spectre de la violence. Parler de violence suppose donc qu'on ait qualifié ainsi un acte ou un fait, autrement dit qu'il en ait été socialement décidé.