Annie Ernaux, creuse les perspectives d’une digne introspection, à grande focale, celle ouvrant vers le collectif. Celui des femmes à l’aune d’une personne, dont la parole se fait leur écho à chaque page. Une forme de vie simple dévoilée avec pudeur, prenant une dimension universelle au cours des strates du temps, décrits comme des vrais marqueurs d’époque, dans une société dont la mutation, prend cette irritante formule ‘libérale avancée’’.
L’autrice dessine le projet ‘d‘une mémoire vague du monde’, une sorte d’infini dans un présent qui va se diluer dans un nous générationnel, où les femmes, celles d’une certaine honte de leur place à faire, se reconnaitront. Celles qui, ‘jeunes, chercheraient à s’attacher un homme, tandis que les plus de 50 ans, qui en avaient eu, n’en voulaient plus’. L’étudiante, la jeune femme (qu’elle qualifiera ‘d’embourgeoisée’), la ‘prof’, se ressentant ‘dans une imperfection continuelle et une imposture’, l’épouse, puis mère puis amante, amie, ect… selon la dialectique d’une vie ordinaire, celle où le ‘temps des enfants remplace celui des morts’, ‘où les ‘repas de famille, voient se raccourcir la mémoire’, dans ‘ces villes sans passé’.
L’autrice de dire en toute fin d’ouvrage, ‘l’infini cessait d’être imaginaire. C’est pourquoi il était inconcevable de se dire qu’on allait mourir un jour’.
Tandis qu’elle ouvrira les toutes premières pages, sur la ‘disparition des images’.
Celles de nos vies fugitives...