Un essai très intéressant sur l’addiction, proposé par une psychiatre spécialiste de la question.
L'addiction est un révélateur de nos failles individuelles autant que de nos faillites collectives. Elle questionne autant le politique que l'intime. Elle nous pousse à réfléchir à ce que nos dépendances disent de nous, de nos besoins comme de nos manques
Il y sera question des mécanismes de cette anomalie de comportement, qui a la particularité de s’auto-entretenir via les circuits de la récompense, presqu’indifféremment de l’objet qui est en question (jeux, drogues, alcool …). Mais
L'usage de produits est toujours plus qu'un effet biologique, il est aussi mise en relation, sociabilité, code social, héritage.
Expliqués de façon très claires, le sujet est très accessible. Les exemples sont souvent issus de la pratique quotidienne de l’autrice.
Pas non plus de remède universel pioché dans la genèse du mal :
Il n'y a pas une seule façon de devenir toxicomane. Il n'y a pas d'enfance, ni de parcours type, pas de biographie standardisée.
Il n’en est pas moins qu’individuellement, il faut comprendre, pour soigner, explorer le parcours de chacun et juger de l’opportunité de telle ou telle pris en charge.
Au delà de l’aspect physiologique, et social de l’affaire, le sujet confine à la philosophie et de ce que l’addition dit de nos faiblesses :
L'addiction nous oblige à penser : penser le rapport aux autres, aux limites, au désir. Elle nous confronte à des sujets fondamentaux : la vulnérabilité humaine, la façon dont les liens se disent depuis l'intimité de la naissance jusqu'à la construction d'une société. L'addiction pose la question de nos dépendances, pour certaines pathologiques, pour d'autres bienfaisantes : la dépendance est bien consubstantielle au fait même d'être en vie.
Remarquablement traité, le texte se lit avec le même attrait qu’un roman accrocheur, pour faire le point sur un sujet très actuel.