Compilation de tout ce qui ne va pas dans la société et dans la littérature contemporaine, Les Bouchères est un roman raté, qui répond à l'appel féministe tendance, cherchant à plaire à un lectorat bien ciblé, celui des femmes qui détestent les hommes. Les personnages sont ainsi essentiellement déterminés par les rapports qu'ils entretiennent avec le sexe opposé ; Anne, Stacey et Michèle, trois jeunes femmes ayant subi des abus, soudent ici leur haine commune par du sang, celui des agresseurs qu'elles charcutent dans leur boucherie. Les meurtres et dépeçages (les tueuses conservent évidemment les « couilles » de leurs victimes dans des bocaux — oui, le texte est vulgaire), pourtant fil rouge du livre, sont racontés très vite, en une page à peine, Sophie Demange préférant décrire l'entrée d'un vieux client en « chapeau marron » et le quotidien peu intéressant de la boutique. Cette mauvaise maîtrise du rythme du récit s'illustre d'elle-même dans le passage sur Adèle, adolescente suicidée, qu'on découvre soudainement ancienne stagiaire de la boutique : l'autrice ajoute des épisodes à son histoire à la va-vite, sans réfléchir à la structure de l'ensemble. D'enquête, il n'y a point ; il s'agit plutôt d'un drame social, hyperbolique, concentré, obsédé par le corps (poitrines et fesses sont mentionnées à tout-va), mué en ramassis de clichés absurdes : Michèle la fugitive noire est évidemment homosexuelle quand Nour, le seul homme sympathique, est un musulman non pratiquant végétarien qui aime porter des vêtements féminins. Rien ne fait sens, surtout pas la conclusion.