Sándor Márai dresse le portrait de deux amis qui se sont quittés sur les cendres d'une passion à jamais trahie. Le général, homme riche et présomptueux, aimé de tous sauf de sa femme, a vécu une amitié comme il n'en existe que rarement. La vraie amitié, désintéressée et sans compromis, qui exige de l'autre le néant. Selon l'auteur, il existe un lien inné, entre deux êtres, qui peu importe les actes, les tromperies, les lient à jamais.
Il croit en la vengeance comme une passion qui nous maintient en vie jusqu'à ce qu'elle soit accomplie. Le temps couve les braises et on attend les vents qui souffleront pour les raviver.
« Es-tu aussi d'avis que ce qui donne un sens à notre vie, c'est uniquement la passion qui s'empare un jour de notre corps et, quoi qu'il arrive entretemps, le brûle jusqu'à la mort ? »
Sándor Márai tente tant bien que mal de restituer les vestiges de la passion amicale et amoureuse entre deux êtres. Malheureusement, n'est pas Dostoïevski qui veut, et la psychanalyse de l'auteur semble trop faible et trop facile. Tout est trop calculé, des phrases trop réfléchies, trop répétitives. Tout cela manque de spontanéité et de fluidité. Peut-être que Sándor Márai manque de talent ? Mais qui suis-je ? Il ne développe nullement le point de vue de Conrad. C'est un monologue évasif du Général, jamais contredit, jamais mis en difficulté. Voilà ce qui différencie le talent du vrai génie. Dostoïevski, lui sait confronter divers personnages aux points de vue opposés, tous aussi complexes les uns que les autres, attachants ou détestables, mais toujours profondément humains. Ils nous énervent, nous bouleversent, mais surtout nous amènent à penser, à réfléchir, car la vraie philosophie ne s'affirme jamais.
L'auteur dépeint un triangle amoureux banal et s'arrête rapidement dans sa réflexion sur l'amitié vraie, dont il fait l'hypothèse qu'elle serait liée à l'Éros (l'amour). L'intrigue sans grand intérêt devient omniprésente et efface progressivement les réflexions sur l'amitié, l'amour, la haine, l'attente et la mort.
La passion lie deux être à jamais, nous vivons sur les cendres de ces passions meurtris, l’attente est longue et lorsque le temps consume enfin notre dernière bougie, on se souvient des flammes mais aussi des vents qui ont soufflé sur les braises.
" Finalement, le monde et l’opinion du monde n’ont pas d’importance. Ce qui est important c’est ce qu’il reste dans notre cœur.
Et qu’est ce qu’il reste ? demanda Conrad "