Les Cambrioleurs pourrait avoir des semblants de livre d’enquête, de livre noir, mais celui-ci brille surtout par son penchant pour une forme de douceur claudicante, faites de ces "petites" choses simples et essentielles à la vie : l’amour, l'amitié, l’art et la gastronomie.
Les protagonistes de ce faux polar (Werner, Mancini, Kowalka et le narrateur) nous semblent étrangement familiers, comme des connaissances de longue date venus des souvenirs de notre jeunesse. Une bande de pieds nickelés instables, sur un fil, à cet âge où on hésite encore entre rester dans les marges ou rentrer dans le rang, où on se laisse porter au risque de faire des mauvais choix et se faire dépasser par les événements...
Ce quatuor paumé, fauché, squatte au dernier étage d’un immeuble noir de crasse dans le Lyon des années 80. Un improbable cambriolage auprès d’un employeur indélicat va les amener à se retrouver en possession d’un mystérieux leporello (un livre-accordéon) qui se révèle être un condensé de l’art du XXe siècle, une œuvre supposée du malicieux Marcel Duchamps.
Une bonne occasion pour partir dans une drôle d’enquête qui va les emmener jusqu’en Suisse dans le milieu parfois peu recommandable des marchands d’art… Une enquête surtout propice à imaginer ce que ce précieux objet pourrait changer dans leur vie, propice à réfléchir au sens de l’art, à rêver d’écriture ou de cinéma, se laisser vivre encore plus et ponctuer ces réflexions de repas et de rencontres amicales, amoureuses, dans les bars d’un Lyon aujourd’hui disparu…
Les Cambrioleurs du talentueux touche à tout qu’est Fabio Viscogliosi, se laisse vivre, nous porte au fil de pérégrinations douces et mélancoliques. Et les dernières pages tournées, on repense à la maxime de Robert Filliou : « l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » que ce petit livre précieux et sans prétention pourrait illustrer de façon modeste et impeccable.
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