Comme dans On ne badine pas avec l’amour, Musset sait passer de la légèreté la plus enjouée à la mélancolie et au drame, si bien que ces différentes humeurs et les différents personnages qui les incarnent semblent refléter les différentes facettes de la personnalités de l’auteur, dont l’enjouement plus ou moins factice et la course aux plaisirs (Octave) cachent mal la conscience que l’amour est une passion implacable qui s’empare de tout son être et que peut-être Musset, malgré sa jeunesse, après sa liaison avec Sand, n’en est plus capable (Coelio).
Avec son titre, Musset se plaît déjouer à les attentes du lecteur : on s’attend à une comédie légère sur un vieux cliché, l’inconsistance des femmes (« souvent femme varie »…) – mais la mention d’un spadassin dans les premières scènes devrait nous mettre la puce à l’oreille. La comédie tourne au drame. Surtout, Musset me semble plutôt montrer comment la jalousie déplacée de son mari pousse Marianne à se rebeller et à voir dans le choix d’un amant l’affirmation de son indépendance.
Une grande partie du charme de cette pièce provient de ces ambiguïtés. Mais aussi, en grande partie, de la beauté de la langue employée par Musset, lyrique et chatoyante. Pour moi, certaines répliques sont parmi les plus beaux morceaux de prose de la langue française.