"Souvenirs de la maison des morts" est un roman grandement autobiographique dans lequel Alexandre Petrovitch incarne tout bonnement l'auteur lors de son séjour au bagne en Sibérie.
On y découvre les conditions répugnantes des prisons de l'époque et de la région, de la nourriture infestée de cafards aux pièces étouffantes de moiteur et de promiscuité avec des détenus forcément crasseux en passant par l'injustice dans le traitement des prisonniers par le major chargé de ces derniers.
Mais Dostoïevski y révèle aussi les qualités humaines de certains prisonniers, et ce en dépit de la nature horrible de leur crime, leur humour, leur travail appliqué pour peu que la tâche soit précise et le but apparent. Comme souvent dans les oeuvres traitant des conditions de vie en prison, leur auteur s'attache à humaniser leurs occupants, à les montrer sous un jour commun et non à les traiter en cas particuliers monstrueux, différents de la masse innocente, malades mentalement et séparés de l'humanité.
Pourtant Dostoïevski n'oublie pas de rappeler le comportement (involontairement ?) discriminatoire au sein de la prison, se remémorant avec tristesse le fait que les "nobles" n'étaient pas considérés comme des camarades par leurs codétenus, étaient mis à part, ne pouvant même se plaindre avec eux de la nourriture exécrable, ne pouvant réellement partager la même peine au travail que les forçats de basse condition. Une mise à l'écart pénible pour l'auteur russe et son personnage, l'impression d'être rejeté, comme pourrait l'être un enfant d'un cercle d'amis impitoyable.
Et Alexandre Petrovitch de souffrir aussi de l'impossibilité, quasi contradictoire au vu des éléments précédents, de profiter d'une solitude recherchée ; inaccessible dans un univers où l'on est tout le temps surveillé, souvent accosté et où la vue de l'être humain ne peut être esquivé au vu de l'étroitesse des lieux, de leur confinement.
Impressionnant dans son traitement psychologique sur les prisonniers russes, leur malice, leur état d'esprit changeant, évolutif au gré des conditions (voir les passages sur la plainte collective et sur l'évasion), "Souvenirs de la maison des morts" souffre toutefois de passages moins intéressants, parfois décevants (l'hôpital) comme les petites histoires des prisonniers, confuses (volontairement, certes) et finalement pas aussi drôles qu'on aurait pu l'espérer. On aurait aimé un discours plus étayé de la part de Dostoïevski, plus profond aussi et une part fictive plus développée qui aurait pu amener une dimension supplémentaire au roman.
Il n'en reste pas moins savoureux, captivant la plupart du temps et apporte un bel éclairage au monde carcéral de l'époque et surtout à la personnalité de Fédor Dostoïevski.