Cela donne Les Chouans, ou la Bretagne en 1799. Le premier roman, ô combien romanesque, que Balzac signe de son nom et publie en 1829 ; le tout premier texte de ce qui deviendra La Comédie humaine. Une œuvre de jeunesse donc (Balzac a trente ans, il est républicain), mais qu'il retravaille, polit et republie sous sa forme définitive en 1845, alors que, devenu monarchiste, il est désormais en pleine possession de ses moyens. L'ouvrage est à mi-chemin entre romantisme et naturalisme, entre Walter Scott et Alexandre Dumas d'un côté, et Flaubert de l'autre. Un lecteur d'aujourd'hui sera, je pense, partagé entre impatience et admiration. Impatience devant la minutie et longueur de certaines descriptions, presque topographiques, des lieux où se déroulent les faits ; admiration de la fougue et virtuosité avec lesquelles il décrit scènes d'action et combats mettant aux prises une foule de personnages divers que ses mots, ses phrases réussissent à faire vivre sous nos yeux ou dans nos têtes avec presqu'autant de vivacité que le ferait une caméra de nos jours. Mais attention! Les Chouans ne se lit pas comme du Françoise Sagan ou même notre prix Nobel Patrick Modiano ; le texte proprement dit (hors préface et dossier) représente 450 pages denses et touffues. Il faut les lire comme on monte avec obstination un jeune et puissant cheval non encore dressé : s'il vous jette à terre en cours de pratique, on ne se décourage pas, on remonte en selle jusqu'à ce qu'on ait brisé son refus de se laisser domestiquer... Roman de guerre et d'amour fou, Les Chouans est un texte ombrageux et sauvage dont on ne vient pas facilement à bout. Vous voilà prévenu !