Écrit en 1952, Les courants de l'espace fait partie des premiers romans écrits par Asimov. De la trilogie de l'Empire, c'est à la fois le dernier dans l'ordre de d'écriture, et le premier chronologiquement puisque son intrigue se situe au début de l'expansion de l'Empire. Rappelons que la trilogie de l'empire se situe, dans l'univers d'Asimov, entre les Robots (conquête de la galaxie) et Fondation (chute de l'Empire). Au passage le lien entre ces trois tomes n'est pas aussi fort que pour les Robots ou Fondation, leur réunion est un peu artificielle même s'ils traitent tous plus ou moins de l'Empire de Trantor, mais qu'importe, le roman se lit d'autant mieux individuellement.
Alors qu'est-ce qu'on a dans ce roman ? L'histoire se concentre sur Rik, un amnésique qui se retrouve sur Florina, planète ou se cultive le "kyrst", sorte de coton aux étranges propriétés qui ravit toute la galaxie. Seulement voilà, la population de la planète est opprimée par la planète voisine, Sark, et l'empire trantorien, en constante expansion, n'est plus très loin. Mais Rik se souvient de choses, et il n'est manifestement pas florinien, l'aurait-on soumis à la sonde psychique ? S'ensuit une quête d'identité.
Le scénario est donc en lui-même, sympa sans être fichtrement original non plus, il permet quand-même de nous tenir en haleine jusqu'au twist final qui ne manquera pas de surprendre. Les personnages sont sympathiques et cohérents sans avoir le relief d'un Elijah Bailey. Mais comme toujours chez Asimov, l'intérêt du livre se trouve ailleurs.
Il est d'une part géopolitique : le cadre de cette histoire (que je vous ai déjà évoqué) est extrêmement intéressant. Personne ne met les pieds dans l'Empire, et pourtant celui-ci fait ressentir sa présence tout au long du roman (à la manière de certains protagonistes dans Dune). Asimov est vraiment excellent pour capturer l'essence de rapports de force au travers du prisme d'un roman, et il nous le montre ici. Ainsi, il ne se contente pas de maigres jugements de valeurs hollywoodiens sur la domination de Sark sur Florina, il va plus loin : il montre les ressorts de cette domination, ses raisons, ses faiblesses (l'Empire tout proche encore). Ajoutons cette pointe d'ironie toute asimovienne : comme en "miroir inversé" par rapport à l'esclavage nord-américain, les dominateurs ici ont la peau mate et les opprimés les cheveux roux.
On peut rajouter qu'à l'époque le roman avait un intérêt scientifique, encore intéressant aujourd'hui bien que pittoresque : ces "courants de l'espace"... Sans vouloir tout spoiler, ces courants de micro-particules et de molécules expliqueraient les particularités de certaines planètes, dont Florina (ou seul pousse le kyrst), et pourquoi pas la Terre ?
En clair, un roman assez intéressant sans atteindre la perfection d'autres œuvres de SF, qui se laisse lire gentiment et rapidement, et on voit un peu mieux la genèse de Trantor.