Les Décombres de Lucien Rebatet, livre sulfureux s'il en est ! Il s'agit bien d'un pamphlet collaborationniste avec toute la partialité impliquée par la polémique de tout poil. Difficile pourtant, de nier l'authenticité des coupures de journaux français va-t-en-guerre qu'il cite. Étrange de devoir admettre qu'il n'a pas complétement tort dans le détail, malgré sa curieuse mauvaise foi. Ainsi que nous en sommes toujours au même point sur la très relative impartialité de la presse. Les Décombres , je les ai découverts à partir de ce qu'en disait Marc-Édouard Nabe lors d'une interview, sans préjugés, et ils me hantent. Je me sens coupable d'avoir apprécié un tel delirium sur le dos des personnes de confession juive. Pourtant je dois admettre que le style est limpide comme de l'eau claire. Un souffle poétique d'une rare violence traverse les meurtrières de cette prose enlevée et enthousiaste. Je le conseillerai à toute personne n'ayant, comme moi, pas trop lu Primo Levi, ni vu de film sur la Shoah, pas trop susceptible d'être estomaquée par l'abomination consécutive à un tel mépris pour le genre humain, pour la maigre véracité des faits qu'il relate, dans une perspective 100% documentaire. Et rien à voir avec une quelconque complaisance transgressive. Oui, il convient d'avoir de sacrées oeillères pour apprécier un tel livre sans mauvaise conscience. Je crois avoir insisté suffisamment sur ma culpabilité pour me dédouaner de tout soupçon de complaisance.