Entre bon filon et méthode qui a fait ses preuves, Delerm égrène les recueils dont il a le savant secret où tout est prétexte à une succincte analyse.
Court et efficace, chaque texte fait l'apologie de la sensibilité de son auteur. Condensé de nécessaires inutiles, à la légèreté assumée ; seuls quelques jours suffisent pour en oublier les thèmes et la teneur mais l'esprit général, cette douceur qui nous aura caressé l’œil, perdurera longtemps dans nos inconscients delermisés.
Mélancolique, intime, chaleureux, c'est un feu de cheminée au cœur de l'hiver. Trivial, insipide, nostalgique, c'est un verre de limonade au cœur de l'été.
Delerm c'est une marque, un label, une machine créative bien huilée qui actionne ses pistons comme on ressasse ses souvenirs dans leurs dernières impressions. Un peintre qui sait cristalliser par les mots l'infini du quotidien.
Les eaux troubles du mojito n'est ni meilleur ni moins bon que ses autres compilations thématiques, il est égal en substrat émotionnel et en valeur littéraire.
Delerm démontre une fois de plus avec cet opus qu'il est un écrivain certes subsidiaire et oubliable mais que l'on est heureux d'avoir rencontré. Le charme et la consistance indéniable de son style nous plongent pour quelques instants limités dans un monde délicat que nous n'envisagions plus guère en dehors d'étroits cercles rapprochés, finement sélectionnés.
A sa lecture notre fibre française petite bourgeoise s'illumine de toutes parts, le filament de la bonne éducation s'éclaire et nous la révèle comme une vibration cachée que l'on pensait avoir abandonnée au bord d'un chemin chaotique.
Pour conclure, un bon livre, qui ne restera pas dans les annales de la littérature française mais qui apportera peut-être un peu de joie, de sentimentalité au lecteur du futur qui chez un cyber-bouquiniste tendra le bras pour se l'accaparer au milieu d'une étagère en vrac. Cet hypothétique lecteur découvrira alors la force de la superficialité d'une époque lointaine.
Samuel d'Halescourt