J’aime bien Delerm. Peu m’importe son parisianisme bobo, son utilisation à outrance du « on », son optimisme béat ou son goût faussement naïf pour les petits bonheurs simples du quotidien. Je ne fais pas partie de ses détracteurs (et Dieu sait s’ils sont nombreux), mais pour le coup, j’ai refermé ce recueil avec un vrai sentiment d’inutilité.


Il rejoue ici la partition de « La dernière gorgée de bière » avec des micro-nouvelles oscillant entre le plaisir de moments furtifs et quelques réflexions sur le temps qui passe. Mais à quoi bon s’ébahir devant « le goût transparent » de la pastèque ou l’arôme « légèrement fumé » du navet cru ? A quoi bon s’attarder sur le charme de boissons telles que le Guignolet, le mojito ou le Spritz ? A quoi bon faire deux pages sur une réunion de copropriété qui ne pourra pas se tenir faute de quorum ? Il y a heureusement quelques moments de grâce dans la fadeur ambiante. Des flâneries dont on ressent l’atmosphère particulière, à Bruges ou au jardin du Luxembourg, des instants cocasses ou des réflexions plus profondes, douces-amères et empreintes d’une nostalgie touchante. Mais trop peu pour contrebalancer une impression générale de futilité et d’insignifiance, l’impression que la plupart de ces textes sont à classer dans la catégorie « aussi vite lus qu’oubliés ».


Loin d’être un grand cru ce Delerm, donc. Pas non plus une piquette imbuvable car l’écriture possède toujours ce charme suranné et désuet que j’apprécie particulièrement, mais disons que ce catalogue de « belles raisons d’habiter sur terre » ne me laissera pas un souvenir impérissable.

jerome60
5
Écrit par

Créée

le 10 sept. 2015

Critique lue 651 fois

jerome60

Écrit par

Critique lue 651 fois

3
1

D'autres avis sur Les Eaux troubles du mojito

Les Eaux troubles du mojito

Les Eaux troubles du mojito

7

socrate

1001 critiques

Retiens la nuit...

Philippe Delerm sait retenir le temps, ce n’est pas donné à tout le monde. Il sait mieux que beaucoup capter des instants, les raconter, nous les livrer donc, et par conséquent les étirer dans le...

le 24 août 2017

Les Eaux troubles du mojito

Les Eaux troubles du mojito

5

Bouquinovore

308 critiques

Critique de Les Eaux troubles du mojito par Bouquinovore

C’est en 1997, que je découvert Philippe Delerm avec La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules, que j’avais adoré l’époque, je reconnaissais ces petits plaisirs minuscules que Delerm...

le 20 sept. 2015

Les Eaux troubles du mojito

Les Eaux troubles du mojito

5

Maitsuya

182 critiques

Paraboles creuses

Avec ce titre, je suis un peu sévère, je l'admets volontiers. Il faut dire que Delerm est habitué du genre de ce que j'en sais mais qu'il continue à servir quelques histoires en deux ou trois pages,...

le 11 avr. 2016

Du même critique

Dans les forêts de Sibérie

Dans les forêts de Sibérie

8

jerome60

1333 critiques

http://litterature-a-blog.blogspot.com/2011/12/dans-les-forets-de-siberie-calendrier.html

Sylvain Tesson s'est fait un serment : avant ses 40 ans, il vivra plusieurs mois dans une cabane. Direction donc le fin fond de la Russie, sur les bords du lac Baïkal. De février à juillet 2010,...

le 17 déc. 2011

Le Guide du mauvais père, tome 1

Le Guide du mauvais père, tome 1

7

jerome60

1333 critiques

Critique de Le Guide du mauvais père, tome 1 par jerome60

- Papa ! C'est quoi la pénétration ? - La pénétration c'est quand le monsieur est sexuellement excité et que son pénis devient tout dur. Ça s'appelle une érection. Ensuite le monsieur fait entrer son...

le 5 janv. 2013

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier

8

jerome60

1333 critiques

http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/04/notre-besoin-de-consolation-est.html

« Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie ne soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux ». Ainsi commence cet...

le 13 avr. 2012