Paul et Elisabeth sont à cet âge où l’on sort de l’enfance, du monde des jeux et des rêves pour entrer dans l’âge adulte. Mais à quoi sert-il, cet âge adulte ? C’est tellement bien de rêver, de s’embarquer pour des voyages imaginaires dans cette chambre fantastique où les piles de vêtements deviennent des vagues, le lit un radeau, la commode un coffre qui contient un trésor qu’eux seuls peuvent comprendre. Si la chambre accueille d’autres enfants, ils ne font jamais complètement partie de l’univers. Qu’ils se déchirent ou qu’ils s’aiment – d’ailleurs pour eux c’est un peu la même chose – personne ne se met entre Paul et Elisabeth.

Le prétexte au huis clos est une boule de neige. Paul s’écroule et tombe malade à cause d’une boule de neige et Elisabeth devra le soigner. Le monde autour d’eux s’assure qu’ils ne manquent de rien car eux ne s’en soucient pas. Comme des enfants, ils traitent la nourriture, le logement en choses normales, naturelles, qui sont là parce qu’ils en ont besoin sans s’inquiéter de savoir comment les avoir. Ils sont trop occupés l’un de l’autre pour quitter leur univers. Les rares escapades les ramèneront toujours à la chambre, à l’autre. Et les seuls dangers de séparation, s’ils ne peuvent être écartés, sont eux aussi ramenés dans la chambre.

Ils essaient de grandir mais ils le font comme des enfants croient qu’un adulte doit grandir. Ils jouent aux adultes, ils n’en sont pas. Même le travail que trouve Elisabeth est encore un jeu, puisqu’il s’agit de se déguiser et d’imiter. Il est finalement question de se séparer mais si cela ne marche pas, il y aura toujours la chambre. Sa perfection varie en fonction des relations, plus ils sont adultes et moins il y a de chambre. Mais toujours, l’un des deux y revient, y entraîne l’autre. C’est tellement plus facile, de ne pas grandir. Pourtant, il faudra sortir de l’enfance. Tour à tour, l’un voudra et l’autre freinera. Car quitter l’enfance c’est se quitter et même si l’on assiste à plus de disputes et de batailles que de réconciliations, ces deux-là sont inséparables.

Rêves et amour côtoient violence et folie sur cette chambre-navire qui vogue, infatigable, le long des appartements, emportant ces enfants terribles vers des rivages inconnus et inquiétants qu’ils ne sauront affronter qu’ensemble.
Nomenale
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le 26 juil. 2014

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