Un très bel essai, retraçant le parcours militant de l'autrice, Mélikah Abdelmoumen, ses aléas mais surtout l'histoire familiale depuis lequel celui-ci s'est élaboré. Comment en arrive-t-on à lutter? Cela n'est pas si simple ni si organique, même lorsque sa mère et sa grand-mère sont figures de proue dans l'engagement politique et militant, à des époques ou pour des femmes, des personnes venant de classes sociales peu favorisées, ces parcours étaient extravagants, rares... mais nécessaires.

L'autrice, enfant d'une mère québécoise et d'un père tunisien, a vécu en France une bonne dizaine d'années, mariée à un français, a pu appréhender différents aspects de l'immigration/expatriation, des difficultés de se sentir acceptée dans un pays plus ou moins accueillant. " Une partie de moi savait que mon séjour français allait se prolonger et que j'allais peut-être faire ma vie là-bas - je n'étais pas heureuse au Québec. Enfin, c'est ainsi que je me représentais les choses à l'époque, mais je peux dire avec le recul que je n'étais pas heureuse tout court, et que je ne savais pas encore que, de manière générale, le fait de partir vivre à l'étranger a tendance à rouvrir toutes les blessures mal cicatrisées." Le parcours d'une québéco tunisienne dans la France des années 2005 2016, celle de Chirac, Sarkozy et Valls, celle du retour du racisme décomplexé.

Mais surtout la découverte, un peu par hasard de la nécessité de s'engager. L'engagement nécessaire pour le collectif, la cause des Roms ici en particulier. Nécessaire d'un point de vue personnel, en tant que misfit. Nécessaire d'un point de vue collectif. Nécessaire comme une paire de bottes pour cette petite fille pieds nus à Lyon en plein hiver.

Récit également de l'épuisement militant et du retour à la première forme d'engament de Mélikah Abdelmoumen qu'est l'écriture. Qui acquiert une certaine médiatisation lors de son retour au Québec.

"La piqûre de la honte est commune chez les femmes dans ma position ; le discours social a tendance à faire porter aux victimes le poids de ce qui leur arrive plutôt que de s'attaquer au système qui cautionne la violence. Mais voilà : une fois notre parole libérée, quelque chose prend le dessus et nous pousse à ne surtout pas, à ne surtout plus, nous taire. Cette vague qui nous soulève a pour nom indignation, et elle est plus forte que toutes les formes de honte, ou de peur."

On ne naît pas militant.e, on le devient. Plus ou moins par hasard.

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le 1 mai 2026

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