Les Épées est le premier grand roman de Roger Nimier, tête de pont du courant des Hussards. On y suit les pérégrination d'un très jeune homme plus ou moins psychopathe : le dénommé François Sanders. Anti-héros atypique, il apprécie un peu trop sa sœur et ne croit à peu près en rien, à part peut-être à la violence et la force. Ce personnage, après être entré dans la résistance, devient milicien plus ou moins au hasard des circonstances mais arrive à passer au travers de l'épuration. Sa philosophie me semble assez bien résumé par cette phrase prononcée par un des compagnons du narrateur.
Les lâches sont au milieu. Nous autres, comme nos ennemis, faisons tout pour la France. On a le droit que d'être milicien ou maquisard. Tous les autres pactisent, trahissent et survivent.
Dans l'ensemble, je pense qu'il faut comprendre le personnage déroutant de François Saunders à la lumière des scènes d'introduction et de la nébuleuse scène finale du roman. C'est un personnage qui souffre de ne jamais pouvoir vivre son amour incestueux et qui voit la fille dont il est passionnément amoureux sortir avec d'autres garçons. Alors il ne croit en rien de particulier et il se laisse voguer, en donnant libre cours à la violence qu'il contient. Sa course folle est un suicide inachevé : il ne craint ni la douleur ni la mort, la sienne ou celle d'autrui. Bien au contraire :
Un autre rêve plaçait entre mes mains une épée neuve et brillante. Je pourfendais le vide, le sang s'accumulait sur la lame. Soudain, je reconnaissais mon sang. En frappant des inconnus, c'est moi que j'avais blessé. Ces images m'étaient précieuses. J'ai toujours pensé que le monde recèle un grand nombre d'épées secrètes, dont chacune est tournée vers une poitrine [...]
Toutes ces épées cherchent en effet un fourreau de chair. Et cette aventure se termine dans une grande nudité, sans embarras, sans cris, avec la poussière collée par la sueur qu'on voit sur les taureaux morts. [...] Mais il ne s'est presque rien passé quand même, sinon le visage du destin, apparu dans un éclair, pour frapper ses amants»
Le style de Nimier, par moment, est assez brillant quoique très provocateur, en témoigne le chapitre d'ouverture des Épées. Il est proche de Céline à mon avis, en plus brut et confus mais moins argotique. On sent à mon avis que son style n'est pas encore achevé mais il est, malgré tout, très vivant. Les péripéties sont en revanche confuses au point où c'en est parfois un peu dérangeant, ce qui limite ma note.
Si vous avez aimé Lacombe Lucien ou Céline, vous aimerez probablement les Épées de Roger Nimier. On a un peu oublié le mouvement hussard de nos jours et c'est dommage. Je n'attendais rien de ce livre et j'ai été agréablement surpris.