La traduction d'Hélène Godard a été révisée par Anne-Sylvie Homassel, apparemment pour le plus grand bien de l'oeuvre.
Le postulat du livre me parle énormément, en particulier la tentation d'un sanctuaire coupé du reste du monde où l'on sauvegarderait le savoir de l'Humanité en prévision des tempêtes causées par l'aveuglement des Hommes. Le besoin d'un lieu de beauté et de calme, sans conflits, où le temps ne compterait pas pour s'adonner à une curiosité humaniste infinie et partager ses recherches avec des êtres choisis. Mais aussi la mauvaise conscience que crée une telle fuite du monde, une forme d'abdication et de lâcheté. Et l'ambiguïté de la structure de pouvoir derrière un tel projet. Et puis aussi une touche d'orientalisme tibétain (dont l'auteur n'est pas dupe) et le charme des mondes perdus.
A la lecture j'étais frappé du parallèle avec La montagne magique de Thomas Mann, l'hypocondrie en moins. Comparaison sans doute à la défaveur de James Hilton : Horizon perdu est plus une longue nouvelle qu'un grand roman. Son charme réside dans sa trame plus que dans ses effets littéraires, et l'on ne saurait dire qu'il est un des romans marquants du XXe siècle. Toutefois la manière dont ce roman s'inscrit dans son époque, ainsi que dans la nôtre, me touche énormément, et continuera de me toucher.