Découvert à l'occasion d'une séance de book clubbing, je m'y suis assez fermement ennuyé. Des personnages taillés à la serpe, parfois touchants mais dont ne ressortent que des à-plats flirtant avec la caricature (ne les aident guère que Verne ne soit pas le meilleur des dialoguistes), jusqu'à la platitude d'une diégèse tout amidonnée de fils blancs ou de l'invraisemblances, en passant par une vaste série de fantasmes bourgeoisement imbibés de romantisme ouvrier - sauf à ce que Verne n'exprime en fait dans ses emphases sur les bienfaits d'une vie souterraine et sur l'invraisemblable attachement du mineur à sa mine qu'une forme d'ironie qui m'aurait très largement dépassé -, je n'ai trouvé de charme à l'oeuvre que dans ses pages les moins narratives : vulgarisation technologique et scientifique (oh, l'extraordinaire vision qu'on avait de la géologie avant que ne soit découverte, voire envisagée, la dérive des continents et la tectonique des plaques !, critique de la sur-exploitation de la nature et voyages dans les Highlands, suivis via Google Maps en parallèle des pérégrinations des personnages sont ce qui me reste de plus fort des quelques heures que prend la lecture de ce conte étrange.
Le trait le plus intéressant au fond en reste sans doute la volonté de fracasser les codes du fantastico-gothique sur le bon sens de la rationalité scientifique, dans une démarche exactement inverse de celle (bien ultérieure !) du Lovecraft de L'appel de Cthulhu. Que je n'en trouve pas pour autant l'essai particulièrement réussi, c'est peut-être une lecture du XXIè siècle commençant, à une époque où rien n'est plus simple, où le soupçon, de posture philosophique, est en passe de se faire trait civilisationnel, et où, au fond, l'on sait l'ambiguïté cauchemardesque de toute féérie. Le conte de Verne parlait sans doute mieux à des temps de progrès et d'assurance conquérante - et je ne sais pas retrouver, du moins pas sans déplaisir, la configuration émotionnelle nécessaire pour le lire avec bonheur.